Le travail n'est un coût que pour celui qui l'exploite

ASAV vous propose les deux articles suivants qui analysent la situation de l'économie et des travailleurs, au moment où le pouvoir s'apprête à nous imposer une nouvelle vague d'austérité. Les deux articles passent par les cases travail, dont celui des retraités, sécurité sociale, et décroissance.



Covid-19 : de la crise sanitaire au marasme économique (Le Comptoir)


Comme nous l’avons vu précédemment, la gestion sanitaire et économique du Covid-19 s’apparente davantage à une rustine au secours du système économique dominant qu’à une volonté de repenser notre modèle comme l’avait hypocritement sous-entendu notre cher président dans son premier grand discours du 12 mars 2020. La société post-Covid ne sera pas celle de la reprise en main de notre destin, ni de notre appareil de production ou de notre monnaie. Au contraire, si cette épidémie a marqué une pause dans la casse de notre modèle de sécurité sociale, la suite des hostilités ne fait guère de doute.

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Les dettes creusées par la crise sanitaire, déjà bien entamées par la crise financière de 2008, obligeront les gouvernements à appliquer des politiques d’austérité. Le principe est déjà entériné au sein de la Commission européenne. Il est prévu qu’en contrepartie du plan de relance européen, les gouvernements doivent engager des « réformes structurelles« , notamment la maîtrise du déficit budgétaire et une réforme du système de retraites dans le cas de la France.


L’austérité pointe le bout de son nez et s’explique par l’attachement aveugle de nos élites politiques médiatiques et intellectuelles au capitalisme. La casse de notre modèle de protection sociale sera la prochaine victime du dogme libéral-européiste.


Vers une véritable socialisation de la richesse


Une partie de notre salut peut venir du modèle de sécurité sociale pensé par ses créateurs, à l’image d’Ambroise Croizat. L’idée était de centraliser la valeur produite en prélevant sur la production une cotisation sociale. Plus cette cotisation est élevée, plus le revenu hors du chantage capitaliste (à l’emploi notamment) est important. Il ne s’agit pas d’un retour à l’URSS, lui-même étant un ersatz centralisateur et autoritaire du capitalisme productiviste. Mais au contraire de retrouver l’autonomie et le contrôle des moyens de production par ceux qui produisent la richesse : les travailleurs. Cela passe par la suppression (au sens figuré) de la classe des capitalistes via l’asséchement du profit à visée lucrative.

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Contrairement à l’antienne de nos décideurs, ce n’est pas la réduction du coût du travail qui apportera prospérité aux travailleurs et aux petits entrepreneurs, mais au contraire une augmentation des cotisations pour accroître la part du salaire socialisé, tout en érodant le profit lucratif. En redistribuant une plus grande part de la valeur ajoutée vers les salaires, les individus ne seront plus contraints d’acheter les produits les moins chers dans des grandes surfaces qui maltraitent leurs salariés mais engrossent leurs actionnaires.


Le monde d’après sera décroissant ou non


Dans le cadre de la lutte pour la biodiversité et contre le réchauffement climatique, il s’agit aussi de repenser notre mode de production et sortir du capitalisme extractiviste et productiviste. La seule écologie réaliste consiste à réduire l’impact humain sur la biosphère et les quantités d’énergies et de métaux rares extraits pour la fabrication de nos biens de consommations électroniques et futiles.


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POUR LA RECONNAISSANCE DU TRAVAIL HORS DE L’EMPLOI (LVSL)

Longtemps, une partie de la gauche a cherché à mobiliser autour de la défense de services publics forts et de la justice fiscale. Les récentes défaites citoyennes, politiques et syndicales doivent nous interpeller : malgré la forte mobilisation qu’ont pu susciter tant l’opposition à la réforme des retraites que le mouvement des gilets jaunes ou la grève des cheminots en 2018, ces combats se sont soldés par des défaites. Dès lors, comment analyser ces mouvements sociaux et rebâtir un discours à même de fournir une grille d’interprétation générale, un projet capable de susciter l’adhésion ? Gageons ici que l’enjeu central est le renversement du cœur de nos revendications, qui acceptent à tort de se situer sur le terrain imposé par la classe dominante, à l’origine des réformes. Tout discours émancipateur doit impérativement réinvestir les questions centrales du travail et de l’investissement.

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Dans un cadre purement capitaliste, les institutions de reconnaissance du travail, que sont le marché des biens et services pour les indépendants et le marché de l’emploi pour les autres, ne retiennent qu’un seul critère : celui de la mise en valeur de capital. Le discours de la bourgeoisie capitaliste vise donc à entretenir la confusion entre le travail et l’emploi – autrement dit la mise en valeur du capital d’un propriétaire. Il ne serait ainsi possible de travailler que dans l’emploi. Au contraire, l’enjeu de l’émancipation du travail est précisément, de reconnaître et salarier le travail hors de l’emploi.

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LA RETRAITE COMME ÉMANCIPATION DÉFINITIVE DU TRAVAIL

La vision émancipatrice de la retraite ne voit ainsi dans la pension rien d’autre que la poursuite du salaire des retraités (selon la meilleure qualification qu’ils ont atteinte et dont ils deviennent titulaires) qui leur permet de travailler librement hors de l’emploi, et sans mettre en valeur de capital.

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A l’heure où la bataille contre la réforme des retraites n’est pas terminée, il faut revendiquer avec ardeur la vision de la retraite comme un vecteur de reconnaissance et de rémunération du travail effectué librement par les retraités et hors de l’emploi. Cet enjeu est fondamental et permet d’amorcer lui aussi un changement dans la définition du travail, qui ouvre justement la voie à une maîtrise sur les outils et les fins du travail par celles et ceux qui le font.

Précisément, ce qui permet que les retraités décident véritablement de leur travail, c’est qu’ils ne sont pas payés par un patron, mais par les caisses du régime général, alimentées par les cotisations sociales.

LE RÉGIME GÉNÉRAL OU L’INSTITUTION DES POSSIBLES

La cotisation, bien loin d’être un coût, permet donc au contraire de reconnaître le travail partout où il existe et de le rémunérer plus justement. Elle permet aussi d’alimenter des caisses d’investissement qui peuvent subventionner l’investissement pour générer des outils de travail sur lesquels ne s’exerce aucune propriété lucrative, mais bien plutôt une copropriété d’usage. C’est le cas, par exemple, de l’hôpital public financé par subvention des mêmes caisses Maladie à partir des années 1950.


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