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Le Salaire à vie règle le problème du chômage

Un débat public a été organisé le 2 juillet 2022 à Montreuil par Michel Lamboley avec 3 intervenants:


Patrick Serres (Pardem): le droit opposable à l’emploi (document joint)

Nadia Bouallak (association du revenu de base) : Le revenu de base

Pierre Deransart (association salaire à vie) : Le salaire à vie.


Voilà la résumé de notre contribution et des débats qui s'en sont suivi:


Le salaire à vie


1. Reconnaissance du statut de producteur

L’attribution d’un salaire à vie à partir de 18 ans et pour toute la vie, reconnaît le statut de producteur de chaque habitant du pays. Dans ce cadre, le droit au salaire est un droit constitutionnel. On reconnaît que toute personne « travaille » en dehors de toute définition du travail.

Le salaire n’est pas attaché à un poste mais à la personne à laquelle est attachée un niveau de qualification. Il y a plusieurs niveaux de qualification qui sont déterminés par des jurys de qualification un peu comme dans l’administration actuelle. On ne perd pas son salaire en perdant son poste. Si on se base sur la moyenne des salaires versés actuellement, la moyenne du salaire à vie serait de 2300€/mois.

Les économies libérales actuelles ont une vision bourgeoise du travail. La production est une fuite en avant dans laquelle le travail est invisibilisé (le symbole de cette invisibilité est l’escalier de service). L’automatisation, l’informatique, aggravent l’invisibilité et l’individualisation du travailleur (qui se soucie des conditions de travail du livreur Uber ?).

Pourtant seul le travail vivant produit de la richesse. Derrière l’automatisation même il y a des gens. Les machines sont conçues, réparées et gérées par des gens. Un paquet d’actions déposé dans un bâtiment ne produit rien.

Les puissants ne veulent pas que le ceux qui effectuent le travail vivant prennent conscience de leur pouvoir. C’est pourquoi ils les invisibilisent, esclavagisent, individualisent pour les empêcher de le faire.

Il est intéressant de noter le vocabulaire de l’individualisation. Par ex tout le monde ne reçoit pas un salaire dans le système actuel. On peut recevoir un salaire ou des émoluments, une pension, des indemnités, un traitement ou être payés à la tâche. Mais en fait tout le monde est salarié…


2. Le déjà-là

Une partie des retraités touchent un salaire continué à vie. Il y a d’autres formes de déjà-là : les allocations familiales, les médecins conventionnés et d’autres soignants. Tous ces gens reçoivent une forme de salaire financé par la Cotisation sociale pour des activités non marchandes.

Dans la société du Salaire à vie, toute la Valeur ajoutée est socialisée, c'est-à-dire tout le profit. Il n’y a plus de dividendes, ni d’’actionnaires. Ainsi la monnaie circule et n’est plus stockée pour fabriquer une rareté artificielle au détriment des populations soumises au chantage de la dette.


3. Pistes de travail actuelles de RS et d’ASAV

-La sécurité sociale de l’alimentation

-Un premier niveau de salaire à vie à hauteur du Smic qui serait versé à tous à partir de 18 ans.


Conclusion

Instaurer une société du Salaire à vie nécessite évidemment de se débarrasser des institutions du Capital : marché de l’emploi, propriété privée des moyens de production (actionnariat), fabrication de la monnaie par des banques privées, régulation par le marché ou les prix.

Il faut mettre en place une société d’égaux qui décident de la production chacun à son niveau dans des systèmes autogérés, et qui bénéficient d’un salaire à vie qui les met à l’abri des aléas de la vie et de la plupart des formes de chantage , notamment le chantage à l’emploi et à la dette. Ce qui émancipera les gens de la main-mise des puissants, non seulement sur le fruit de leur travail, mais sur leur vie entière, y-compris leurs pensées (pensée unique, politiquement correct).


Débat


Question/remarque : La question du financement est décisive. Si le revenu de base est financé par l’impôt, il s’agit simplement d’une correction des inégalités payée par le contribuable (et on sait que les plus grands exploiteurs ne paient pratiquement pas d’impôts), qui ne remet pas en question le système capitaliste. Si, par contre, il est financé par la cotisation sociale, alors il entame les profits des actionnaires. La répartition de la richesse produite par le travail se fait alors sur la Valeur ajoutée avant impôt. On parle de répartition primaire. La répartition corrective financée par l’impôt est une répartition secondaire.


Q : Au début j’étais intéressée par le revenu de base et j’en ai parlé à mes élèves de philo lorsqu’on réfléchissait sur ce qu’était le travail, mais maintenant je pense qu’il détruit la Sécurité sociale et qu’il individualise et dépolitise en détruisant la notion de travail collectif. Or un collectif de travail est une entité politique.


Pierre Deransart : les deux piliers actuels du système capitaliste sont le revenu de base qui permet d’éviter les révoltes en donnant juste de quoi ne pas mourir de faim aux gens, et le système de retraite à points qui permet de moduler le montant des retraites en fonctions des désidératas des propriétaires capitalistes.


Q : je vois quelques points communs aux trois positions exposées :

-La vision du travail doit être revue et sortie de la conception capitaliste de l’emploi.

-Le mode de financement par la Cotisation sociale. Il faut se dire que ceux qui ont imaginé les retraites, les congés payés, etc, ont aussi été reçus avec des « c’est impossible à financer ! »

Nous, nous pensons que les plus jeunes n’ont pas besoin de Revenu de base, ni de Salaire à vie, du moment que le système éducatif fonctionne bien (qualité, gratuité, bourses, etc). Pareil pour les retraités, nous nous concentrons sur la tranche du milieu actuellement soumise aux aléas de l’emploi capitaliste.


Q : le revenu de base de remet absolument pas en cause le capitalisme, l’aliénation au travail, l’extorsion de la plus-value, ni le fonctionnement des entreprises. Pour expliquer le Salaire à vie et pourquoi on peut dire qu’un retraité est productif, Bernard Friot prend l’exemple d’un retraité qui conduit ses petits-enfants à l’école. Lui est « payé » par sa retraite, si c’était une nounou qui le faisait elle aurait un salaire. C’est exactement le même « travail ».

Mais comment mettre en place un tel système ? Comme on a mis en place la sécu et construit les CHU. L’état n’est pas la propriété de la bourgeoisie, il faut s’emparer de l’état.


Pierre Deransart : Pour le système capitaliste, seul est productif celui dont le travail enrichit le Capital d’un propriétaire capitaliste… Les autres sont des coûts pour la société !


Q : Je fais partie de l’Union citoyenne pour la liberté. Nous nous battons, entre autres, contre la destruction du code du travail. Le travail doit être une passion.

Il faut réveiller les gens. Ils ont la tête dans le guidon parce qu’ils sont submergés par les problèmes de survie. C’est très difficile et on se demande où est la gauche.


Q : la gauche française a voulu être pragmatique. Elle s’est adaptée aux structures capitalistes et a renoncé à la plupart de ses idéaux socialistes.

C’est pourquoi une proposition socialiste comme le Salaire à vie ne l’intéresse pas. Pourtant le Salaire à vie résout une grande partie des problèmes que pose le capitalisme, notamment les inégalités de toutes sortes (naissance, fortune, genre, origine, etc), les problèmes d’environnement (le capitalisme poursuit le profit et engendre la spéculation au détriment de tout ce dont nous dépendons pour vivre) et les problèmes de démocratie dans la politique et les entreprises.


Q : le Salaire à vie ne rétribue pas une activité mais une capacité d’activité. Pour moi le point commun des 3 propositions est qu’il faut prendre le pouvoir. Il faut s’emparer de l’état. Mais comme le pointe Friot, la bourgeoisie a exercé le pouvoir avant de le prendre. Les partis de gauche sont actuellement obsédés par la prise de pouvoir au lieu de se concentrer sur l’exercice du pouvoir. Pendant le Covid par ex, les personnels soignants ont décidé d’exercer le pouvoir.

Comment chacun de vos projets se propose-t-il d’exercer le pouvoir ?


Q : Ça a l’air fichu parce que l’idéologie capitaliste libérale de facture occidentale semble toute puissante, mais à mon avis, c’est tout le contraire. Elle est en déclin. Elle a failli à toutes ses promesses (paix et prospérité) et elle est rejetée par au moins 80% du monde, excédé par l’exploitation et les agressions tous azimut dont elle se rend coupable.

Ce déclin va ouvrir des opportunités qu’il faudra saisir. Ce n’est pas le moment de baisser nos ambitions. Il faut imiter les premiers militants communistes. C’est incroyable ce qu’ils ont fait. A l’époque, la misère populaire était insupportable. Aujourd’hui les problèmes sont un peu différents et les solutions doivent l’être aussi mais il y en a. La lutte commence par la conquête des esprits.


Pierre Deransart : Le diable se cache dans les détails. Si on veut pouvoir discuter entre le revenu de base et le salaire à vie, il faut au moins s’accorder sur deux choses : le financement par la cotisation sociale et le montant qui doit être autour de 1500€. Sinon ça n’a aucun sens !








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