Argent magique et monnaie pour tous


Par Romaric Godin


Note d'ASAV: Dans cet article Romaric Godin montre que, contrairement à ce qu'on nous dit pour nous faire peur et nous maintenir sous le chantage à la dette, la monnaie produit la richesse et non l'inverse, à condition qu'elle circule, et qu'on peut en créer autant qu'on en a besoin. Cela a été démontré dans l'expérience de Wörgl qui a fait l'objet d'un autre article sur le blog : Covid-19 : Pour « sauver l’économie », la BCE a-t-elle réinventé l’« argent fondant » de Wörgl ?


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Peut-on mettre enfin la monnaie au service du bien commun dans le cadre d’un projet politique écologique et égalitaire de subvenir aux besoins réels de sociétés au bord de l’implosion ? Une enquête du n° 17 de la Revue du crieur, toujours disponible en librairie.


Des milliards comme s’il en pleuvait. À la mi-mars, avec le confinement, il a semblé soudainement que l’argent n’était plus un problème. Il suffisait d’en avoir besoin et de le vouloir pour qu’il soit disponible. L’Allemagne, jusqu’ici gardienne des cordons de la bourse, annonçait un plan de 750 milliards d’euros, la Commission européenne promettait, elle, près de 1 900 milliards d’euros, les États-Unis 2 000 milliards de dollars. En France, Emmanuel Macron a promis un « plan de relance » de 100 milliards d’euros, et le déficit public va largement dépasser les 11 % du PIB, un niveau record en temps de paix. Mais surtout, on jurait partout que c’en était terminé avec le manque de moyens.


Chacun peut constater le contraste avec l’histoire récente, voire très récente. Deux semaines avant la fermeture des bars et restaurants, un conseil des ministres en théorie consacré à la diffusion de l’épidémie de coronavirus débouchait sur l’annonce de l’utilisation de l’article 49-3 de la Constitution pour faire passer en force la réforme des retraites, dont la principale était la possibilité d’une gestion par les coûts d’un des premiers postes de dépenses sociales en France.


Il fallait donc trouver de l’argent, serrer les coûts, assurer les financements. Le budget 2020 prévoyait, au reste, une réforme de l’assurance-chômage pour économiser sur les demandeurs d’emplois jusqu’à 1,3 milliard d’euros à terme. Et pour les hôpitaux, « il n’y a pas d’argent magique », avait répondu avec dédain le président de la République à une soignante qui lui réclamait des moyens, le 6 avril 2018.


L’évidence de la rareté de l’argent et de la nécessité, pour en disposer, de fournir des efforts était alors le cœur de la pensée des élites économiques et politiques. Face à un peuple impatient et croyant à la magie, le dirigeant responsable se devait de lui faire la leçon : l’argent, ça se gagne, qu’on soit un État, une entreprise ou un ménage. On ne peut pas claquer dans ses doigts pour en trouver.


Mais le Covid-19 a tout chamboulé. L’argent semble disponible lorsqu’on en a besoin et le gouvernement promet d’en mobiliser une quantité astronomique. Dès lors, une question vient immédiatement à l’esprit : ne pourrait-il pas en être de même pour faire face aux grands défis de notre temps et se montrer enfin ambitieux : assurer la transition écologique et un revenu décent pour tous, renforcer les services publics, favoriser la coopération sur la concurrence et réduire la dépendance à la seule croissance du PIB ? En bref, puisque la monnaie est disponible, ne pourrait-elle pas changer le monde ?


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