Comment la BCE, les banques et les fonds vautours font des affaires au détriment du droit au logement

November 24, 2019

Le changement dans la dynamique du marché immobilier, qui insiste sur le fait qu’acheter est « plus avantageux » que louer, est complètement induit par la volonté des fonds vautours de se débarrasser d’une bonne partie de leurs actifs.

 

Assistons-nous à des vents de changement sur le marché immobilier espagnol ? Au mois d’octobre 2019, plusieurs articles ont été publiés dans les médias espagnols attirant l’attention sur l’attractivité que représenterait l’investissement dans l’achat d’un logement. À l’unisson, les grands médias répètent qu’il serait désormais moins cher d’acheter que de louer : selon le quotidien Cinco Días, le coût d’un crédit hypothécaire serait inférieur au coût actuel moyen d’un loyer. Il est frappant de constater le retour du mantra selon lequel « louer c’est gaspiller de l’argent » et « acheter vaut mieux que louer », bien connu pendant la phase de la bulle immobilière que le pays a vécu dans les années 2000. Une bulle immobilière dont la population est encore en train de payer les conséquences, en particulier en ce qui concerne les personnes qui y ont perdu leur logement. Par ailleurs, la promotion de l’endettement hypothécaire relève de l’indécence si l’on garde à l’esprit que la crise du logement continue à s’aggraver en Espagne. Selon un rapport du Consejo general del Poder Judicial (Conseil général de la magistrature) publié au mois d’août 2019, entre les mois de janvier et août de la même année environ 100 expulsions de logement par jour auraient eu lieu dans l’État espagnol en raison de non-paiement de loyers, et 42 par jour pour non-paiement de crédits hypothécaires. La crise du logement est tellement profonde qu’elle a même entraîné un changement dans le régime d’habitation de la société espagnole. Ainsi, bien que le marché locatif soit encore inférieur à la moyenne européenne, il est passé de 10,4 à 14,3 % du total entre 2007 et 2017. Les mouvements sociaux qui ont émergé depuis plus d’une décennie pour lutter contre ces violations répétées du droit au logement tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme face aux prémices de ce qui semble pouvoir devenir une nouvelle phase spéculative. Comment expliquer le retour d’une bulle spéculative dans l’immobilier alors qu’une partie croissante de la population se voit contrainte de louer un logement parce qu’elle ne peut se permettre d’accéder à un crédit ?

 

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Toutefois, il s’agit d’une politique contradictoire. D’abord, parce qu’elle cherche à sécuriser les banques en affaiblissant l’ensemble du marché financier (en encourageant la spéculation sur des actifs peu sûrs, ce qui augmente le risque d’éclatement de la crise). Deuxièmement, parce que la BCE tente d’accompagner la dynamique du capital financier caractérisé par une capacité de contrôle faible ou inexistante, et est réticente à limiter les secteurs qui promettent une rentabilité élevée. Ainsi, malgré la politique de réduction des actifs toxiques de la BCE, certaines banques d’investissement cherchent déjà des moyens d’accorder, avec les fonds vautours, des prêts à haut risque pour faciliter l’achat de maisons par des particuliers.

 

Cette politique entraîne de lourdes conséquences, en particulier sur le droit au logement des populations. Selon la dynamique spatiale observée sur le marché immobilier, la vente aurait lieu dans des zones périphériques dont les logements sont de moins bonne qualité. Nous sommes confrontés à un cercle vicieux entre la bulle locative et la vente de logements dans la périphérie qui entraîne l’expulsion et le déplacement de la population la plus précaire qui ne peut se permettre de continuer à vivre dans les centres urbains et qui est forcée d’aller en périphérie et de s’endetter. Ces processus, qui ne sont pas une nouveauté dans l’ordre néolibéral des villes, attaquent directement non seulement le droit au logement mais plus largement le « droit à la ville » des personnes. Lorsque l’on parle de ce droit, il ne s’agit pas de quelque chose d’abstrait, mais de quelque chose lié aux conditions mêmes de la reproduction sociale des individus, qui sont soumises et dépendantes d’un fonctionnement et d’une logique incompatibles avec le développement d’une vie dans des conditions dignes. Au cours de la dernière décennie, le capitalisme a survécu grâce à toute une série de richesses desquelles il nous a dépossédé·e·s, nous exposant encore plus face à l’éventualité d’une nouvelle crise. C’est pourquoi la politique de la BCE est une véritable politique de « classe », qui cherche à tout prix à préserver le système bancaire aux dépens des citoyen·ne·s. Étant beaucoup plus exposé·e·s au capital financier qu’il y a une décennie, ce seront elles et eux qui, sauf changement radical dans la politique européenne, paieront les coûts de la prochaine crise.

 

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