Lycées professionnels : « On assiste à une accélération du tri social »

November 20, 2019

Baisse de moyens, effets de Parcoursup, relégation sociale, chefs d’œuvre, émancipation... Trois mois après l’entrée en vigueur de la réforme de la voie professionnelle mise en œuvre par Jean-Michel Blanquer, entretien avec Sylvain, prof dans un lycée pro de l’agglomération tourangelle et militant syndical à la CGT Educ’action.

 

 

La Rotative : Quels sont les gros enjeux de la réforme de la voie professionnelle qui a été mise en place par le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer en 2018 ?

 

C’est une réforme menée à marche forcée, sans réelle réflexion sur les programmes, qui vise d’abord à réduire les moyens consacrés à l’enseignement professionnel. De fait, le nombre d’heures de cours proposées aux élèves a diminué, principalement sur l’enseignement général, mais aussi sur l’enseignement professionnel. Non seulement on fait diminuer le nombre d’heures d’enseignement général, mais en plus une partie de ces heures sont consacrées à des périodes de co-enseignement avec les matières professionnelles. L’enseignement général est donc encore davantage mis au service de l’enseignement professionnel, on retire une partie de ce que cet enseignement peut apporter aux élèves en termes d’ouverture.

 

Un autre aspect de la réforme, c’est la réorganisation de la voie pro avec la mise en place de familles de métiers. La première année de bac pro sera moins professionnalisante, puisque ce n’est qu’à la fin de l’année de seconde que les élèves seront amenés à choisir une spécialité. La réforme vise aussi à développer l’apprentissage, présenté comme une priorité ; au passage, le pouvoir du patronat sur la question de l’apprentissage est renforcé.

 

La réforme s’articule avec la mise en place de Parcoursup. Cela signifie qu’à la fin de la première pro, les élèves devront choisir entre un module qui leur permettra d’avoir un peu plus d’enseignement général, en vue d’une poursuite d’étude, et un module les conduisant vers la « vie active ». Évidemment, tout le monde ne pourra pas choisir le module « poursuite d’étude ». Blanquer l’a rappelé : pour lui, le bac pro est avant tout un bac qui prépare à aller travailler. On revient donc sur la possibilité pour les détenteurs d’un bac pro de faire des études supérieures. En plus, comme pour la voie générale, l’obligation de choisir des modules et des options très en amont risque de contraindre les choix d’orientation ouverts aux élèves. On accentue donc le tri social au niveau du lycée, en faisant peser la responsabilité d’un éventuel échec sur les choix effectués par les jeunes.

 

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