Alessandro Pignocchi : « Il n’y a pas d’écologie sans lutte collective contre le monde de l’économie »

October 31, 2019

En empruntant des chemins inattendus, reliant l’Amazonie à la Zad de Notre-Dame-des-Landes, Alessandro Pignocchi explique dans cet entretien comment l’Occident a bâti sa domination du monde en distinguant nature et culture. Déconstruire ce présupposé est un préalable pour penser les relations de sujet à sujet.

 

Extraits

 

Comment la distinction opérée en Occident entre nature et culture contribue-t-elle à modeler nos sociétés ?

 

On distingue deux grandes familles de relations à l’autre : on peut le considérer comme un objet, ou comme un sujet. Ces deux attitudes distinctes ne mobilisent pas les mêmes facultés mentales.

 

Dans une relation de « sujet à objet », on effectue un calcul utilitariste de coûts/bénéfices. La valeur qu’on attribue à l’autre dépend des bénéfices qu’on peut en retirer, des services qu’il peut nous rendre. Dans l’Occident moderne, où l’ensemble des édifices conceptuels qui nous permettent de penser le monde sont façonnés par la distinction entre nature et culture, les plantes, les animaux et les écosystèmes sont spontanément conçus comme des objets. C’est aussi de plus en plus le cas pour les humains, qui deviennent des « ressources humaines » et dont la valeur dépend d’un rapport coût/bénéfices inscrit dans le jeu économique. La relation de « sujet à objet » est relativement pauvre cognitivement. Face à un non-humain, dans le meilleur des cas, elle mène à la contemplation esthétique.

 

Dans une relation de « sujet à sujet », on attribue à autrui une intériorité, une valeur propre, et la relation qu’on engage avec lui repose sur davantage de réciprocité. On tient compte de son point de vue, de ses intérêts. Dans une société qui ignore la distinction nature-culture, les plantes, les animaux ou les écosystèmes ne sont pas unifiés dans une sphère autonome et rejetés dans la catégorie des objets. Ils sont considérés comme des sujets, dont la valeur n’est pas quantifiable, puisqu’ils ont une valeur intrinsèque. Un monde où la faune, la flore et les écosystèmes sont mêlés aux activités sociales humaines permet d’engager spontanément avec les non-humains des relations beaucoup plus riches et denses.

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Comment se manifeste, en Occident, la relation de sujet à objet entre les humains ?

 

Elle est intimement liée à un autre mythe fondateur de l’Occident moderne : l’utopie libérale d’une sphère économique autonome. Les faits économiques seraient non seulement séparés du reste de la vie sociale, mais la surplomberaient et la détermineraient. La société ingouvernable, de Grégoire Chamayou, et La grande transformation, de Karl Polanyi sont deux lectures fondamentales pour comprendre ce processus.

 

Or, dans cette sphère économique, les coûts sociaux ou environnementaux doivent être chiffrables pour être pris en compte. Tout ce qui n’est pas précisément quantifiable est rejeté dans le domaine du non-existant.

 

Sphère économique autonome et distinction nature-culture s’étayent l’une et l’autre, vu que la sphère économique a besoin d’une « nature objet » qui n’est que ressources. Soit une ressource au sens propre, soit une ressource récréative de type parc national et la même dynamique est appliquée aux humains.

 

Mais en réalité, la sphère économique n’est pas autonome, elle est pénétrée de politique, si bien que l’État et les hommes politiques doivent en permanence entretenir l’illusion de son autonomie.

 

 

 

 

 

 

 

 

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