« Les plateformes reposent sur des jeunes résignés dans leur rapport au salariat »

October 30, 2019

Note de la rédaction: Nous préférons parler de rapport à l'emploi car le salaire reste un acquis social émancipateur tandis que l'emploi implique un lien de subordination aliénant. 

 

Extraits

 

Le chapitre que Diane Rodet consacre à l’entreprise La Ruche Qui Dit Oui, par exemple, montre que même dans le cas d'une entreprise dite solidaire, car ayant un agrément ESUS [entreprise solidaire d'utilité sociale, créée par la loi Hamon de 2014], on observe des formes de plateformisation, d’externalisation et de précarisation du travail. Le fonctionnement de La Ruche Qui Dit Oui n’est pas si différent de celui d’Uber : il s’agit d’autoentrepreneurs qui accomplissent l’essentiel de l’activité, et à qui incombe la responsabilité de trouver le lieu de travail. Leur mode d’organisation repose sur le prélèvement d’une commission sur un travailleur indépendant, qui endosse tous les risques de l’activité.

 

Vous parlez, pour désigner ces applications, du concept de « capitalisme de plateforme ». Qu’entendez-vous par là ?

 

Le capitalisme de plateforme correspond à un système économique, au sens de mode de production et de partage de valeur. Il s’agit de mettre en évidence le mode de production derrière ces plateformes, qui se défendent d’être de simples intermédiaires et se vantent d’être rattachées à l’économie collaborative. Parler de capitalisme de plateforme vise, au contraire, à mettre en avant un système économique qui relève de toute évidence du capitalisme financier. Nous voulions venir contrarier ces tentatives de qualification vertueuse, qui sont loin de la réalité des pratiques.

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Dans l’un des premiers chapitres du livre, la chercheuse Diane Rodet écrit que le capitalisme de plateforme et l’économie sociale et solidaire (ESS) partagent le fait de proposer des activités précaires, « dont le caractère de travail est souvent nié à des individus en recherche d’alternatives professionnelles ». Comment s’opère ce mécanisme ?

 

De plus en plus d’espaces de travail fonctionnent en effet sur une sorte de « don de travail ». C’est également la conclusion du livre de Maud Simonet sur le travail gratuit (Travail gratuit : la nouvelle exploitation ?). Il s’agit d’une observation assez paradoxale, puisqu’elle est liée, en même temps, à une forme de marchandisation de tous les instants et de tout ce qu’on possède. Etonnamment, les deux mouvements sont solidaires l’un de l’autre.

 

Comment obtient-on ce travail gratuit ? Précisément en mettant en avant des valeurs. On ne travaille pas juste pour avoir de l’argent, on ne travaille même pas du tout pour avoir de l’argent ; on travaille désormais au nom de valeurs. C’est ce qu’on a repéré depuis longtemps avec le travail domestique : les femmes acceptaient — et acceptent encore — d’exercer ce travail sans demander de salaire au nom de « l’amour », de « l’altruisme généralisé », de la « générosité », de la « famille », etc. Aujourd’hui, de plus en plus, dans des activités de travail qui ressemblent pourtant à des espaces professionnels, on assiste au même phénomène.

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Comment voyez-vous le futur de ces applications et de ces plateformes en ligne ? Faudrait-il davantage encadrer leurs activités ?

 

Les magistrats sont peu à peu en train de reconnaître à ces travailleurs le statut de salariés. Ils le font au vu de certaines caractéristiques propres à ces entreprises, comme leur capacité à contrôler le travail, à prendre des sanctions, à utiliser la géolocalisation… Tout cela est reconnu comme des marques de subordination.

 

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