COSTA-GAVRAS : « LE CAPITALISME A ENFANTÉ DES MONSTRES »

October 18, 2019

Dans son dernier film, « Adults in the room », Costa-Gavras nous livre une chronique au scalpel de l’impitoyable bras de fer qui s’est joué entre le gouvernement grec issu de la victoire de Syriza aux élections de janvier 2015, et la fameuse « troïka » - Union européenne, BCE et FMI -, liguée pour faire chuter toute tentative d’alléger le terrible fardeau pesant sur la population grecque, à qui il revient de rembourser les créanciers d’une dette qu’elle n’a pas contractée.

 

Ce thriller politique éblouissant, réalisé par le maître du cinéma politique parvenu au sommet de son art, nous plonge de façon totalement inédite dans les coulisses secrètes des institutions européennes où se décident, dans une brutalité souvent caricaturale, le sort des peuples d’Europe. Les enregistrements des débats et des conversations réalisées par le premier ministre de l’Economie d’Alexis Tsipras, Yanis Varoufakis, ainsi que le livre qu’il en a fait, ont servi à Costa-Gavras de matériau de travail, donnant à son film une véracité troublante qui questionne sur ce qu’est aujourd’hui l’exercice du pouvoir dans les pays européens.


Entretien.

 

Vous dites que vous n’avez jamais de programme préétabli, que vos films  naissent d’une situation qui vous interpelle. Qu’est-ce qui a déclenché l’idée d’« Adults in the room » ?

 

Costa-Gavras. « C’est parti d’une interpellation que j’ai ressentie quand la crise grecque a commencé. Elle a débuté brutalement. J’avais des contacts avec des proches en Grèce, des amis, une partie de mes cousins. Les salaires ont commencé à diminuer brutalement, d’une semaine à l’autre. Les magasins fermaient parce que forcément il n’y avait plus de clientèle. Et puis il y a eu une fuite des jeunes Grecs qui commençaient à quitter leur pays, et, petit à petit, au cours des années, j’ai compris qu’il y avait des centaines de milliers de jeunes qui s’en allaient. 

 

Cela ressemblait un peu à ma génération qui, au lendemain de la guerre civile, est partie de Grèce. Il n’y avait pas de travail, on était pauvres, il fallait aller ailleurs, soit pour faire des études, soit pour travailler. 

 

Mais cette fois-ci, c’était pire, parce que ceux qui partaient étaient des diplômés, c’est-à-dire des personnes que l’Etat avait préparées pour servir le pays. Et bien cet effort que l’Etat avait fait, allait disparaître puisque que ces jeunes allaient servir d’autres peuples. C’était ça le drame. 

 

 

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