ABANDON DE POSTE

October 15, 2019

 

« Ça devrait être la joie, la liesse, la foire. Car plus rien ne tient. »

 

Tout a échoué. Le capitalisme, ses réformes, la république, ses normes, le travail, ses syndicats, les collectifs sympas et leurs modes de vie cool. Tout. La citoyenneté, le supermarché, les élections, l’éducation, la police, les éco-villages, les pesticides et les panneaux solaires, logent dans une grande fosse commune dont il y aurait de quoi se réjouir.


Ça devrait être la joie, la liesse, la foire. Car plus rien ne tient.

 

Tout a échoué et on devrait s’en sentir léger, délivré. Tout a échoué mais il ne faut pas trop s’en vouloir d’y avoir cru un jour, erreur de débutant en fin du monde, on a fait ce qu’on a pu. Désormais il n’y a plus aucun repère solide et ceux que l’on croit maintenus sont pour la plupart des fantômes en errance, il suffit de passer au travers. La définition de la réussite s’est volatilisée et plus personne n’ose attendre quoique ce soit des autres. La pression sociale n’est plus qu’un mirage qui plane au dessus des ruines. Le danger ultime serait de continuer comme si de rien n’était. Alors que tout s’est largement écroulé, pourquoi se sentir encore attaché ?
Ça devrait être la joie, la liesse, la foire. Car plus rien ne tient.

 

Il suffirait de ne pas se lever, de ne pas aller travailler, pour une fois... D’aller faire une balade en forêt, de prendre une vague ou un verre, de s’étreindre, de crier, de souffler et d’abandonner son poste. Personne n’y croit plus, ni au système ni à son changement. Même les riches, ces exploiteurs esclavagistes écocidaires, ont perdu le goût de vivre et sont terrassés par la peur du soulèvement. Et nous, on attend, on persiste sans conviction, alors que l’air est vicié, que l’eau manque, que les usines toxiques explosent, que la forêt crame, que pôle-emploi nous flique et que les flics nous éborgnent. Il n’y a pas besoin d’être convaincu de quoi que ce soit ou de rallier les masses. Il n’y a plus besoin de faire de la pédagogie, le chaos parle de lui-même, il suffit de tendre l’oreille. Tout, autour de nous, est déjà parti en fumée, les murs en poussière, les croyances aux oubliettes, les sols et les plafonds se sont dérobés sous nos yeux et nos pieds. Le champ est ouvert, même si l’herbe est grillée.


Ça devrait être la joie, la liesse, la foire. Car plus rien ne tient.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour lire la suite

 

 

 

 

 

Please reload

Salaire à Vie

Association loi 1901

  • Facebook - Black Circle
  • YouTube - Black Circle
Logo ASAV.jpg