LA MAUVAISE BLAGUE DES TROTTINETTES : CAPITALISME VERT, EXPLOITATION ET SURVEILLANCE

September 18, 2019

Les trottinettes ont envahi les rues – nos rues – depuis un an pour les premiers tests menés à Paris, et depuis 9 mois de manière décisive avec l’expansion des flottes de trottinettes en « free-floating » – littéralement en flottement libre – à toute la capitale, puis avec leur implantation à Lyon, Bordeaux, Marseille… Cette expansion s’est faite à marche forcée, en dépit des protestations des piétons, des nombreux accidents et même des décès qui ont « entaché » l’image des trottinettes, pourtant présentées comme un moyen de déplacement ludique et branché. La capitale cumulait en juin 2019 12 opérateurs de trottinettes électriques en présence, dont les très connus Lime et Bird qui inondent les trottoirs de leurs machines, mais aussi d’autres moins connus comme Jump ou Ufo. Si on a vu par-ci par-là des articles recenser joyeusement les initiatives de destruction à l’encontre de ces nouvelles machines du quotidien, il s’agit ici d’informer cette destruction en dénonçant la « trottinette électrique partagée » comme un avatar nouveau de la société néolibérale de consommation et de surveillance, au service de la précarisation de l’emploi. Un encadré est aussi disponible en fin d’article pour recenser les idées créatives pour lutter contre ce business malsain.

 

La trottinette : la start-up nation en Y

 

La trottinette électrique a fait son apparition en 2018. Avec un recul de près d’un an, il est désormais possible d’avoir des informations sur la sociologie des usagers réguliers de trottinettes. Selon une étude – la seule – disponible sur les usagers en France : à Paris, Lyon et Marseille, les personnes utilisant des trottinettes sont donc principalement des hommes (66% tout de même – les fameux « rois de la route ») et avant tout des usagers « locaux » suivis des touristes puis des visiteurs nationaux. Au niveau de la classe sociale, on trouve plus de 50% de cadres et près de 20% d’étudiants ; les trottinetteur.ses étant généralement plus riches que la moyenne française.

 

Cette sociologie n’est pas vraiment une surprise quand on regarde le prix du service : la norme est de facturer 1€ pour le déblocage de l’objet, puis 15  cents la minute – sauf à Lyon où Lime a jugé bon de relever ses prix sans préavis à 22 cents la minute. Le trajet moyen étant de 19 minutes, on est donc sur des trajets facturés en moyenne autour de 3.85€ – et 5.18€ à Lyon… ce qui représente un véritable budget pour peu que l’on utilise ces machines quelques fois par semaine. Pas très étonnant, donc, de trouver avant tout des cadres parmi les usager.es.

 

Il faut aussi souligner que Paris est la « capitale européenne » de la trottinette pour notre plaisir à tous.te.s, c’est-à-dire un marché particulièrement en demande de « mobilités nouvelles ». Mais ce succès est tout relatif car malgré l’agitation et la gêne extrême que causent les trottinettes, on estime que les déplacements qu’elles couvrent représentent entre 0,8 et 1,9% des déplacements totaux dans Paris. Beaucoup de bruit pour peu de trafic, donc, mais leur présence s’étend : Lyon, Marseille, Bordeaux, Lille, Nantes, Angers… sans qu’un coup décisif ne soit porté à l’avancée de ce nouvel engin, imposé à tou.te.s et utilisé par une minorité de privilégiés.

 

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