Quand une coopérative ouvrière relance la culture locale du tilleul

Après quatre ans de combat, les ouvriers de l’usine Fralib-Unilever, près de Marseille, ont empêché la délocalisation de leur usine de thé et d’infusion. Dans leur élan, ils ont fondé la coopérative Scop Ti et relancé la production du tilleul des Baronnies provençales, effondrée à cause de la concurrence chinoise et latino-américaine.

  • Pierrelongue (Drôme) et Gémenos (Bouches-du-Rhône), reportage

« Le tilleul, ça ne rapporte plus... C’est encore un produit qui va se perdre ! », s’exclame Pierre Peydier en sortant de sa maison de Pierrelongue, dans la Drôme. Peu avant 8 heures du matin, entre le village et la rivière Ouvèze, le vieux monsieur quitte l’ombre bénéfique du grand tilleul attenant à son habitation, pour aller travailler son potager. Dans l’arbre, chargé de milliers de fleurs bien jaunes et odorantes, quelques abeilles butinent déjà. Une fois sèche, la bractée de tilleul [1] est utilisée en parfumerie ou en herboristerie, pour concocter des infusions. Ses bienfaits sont nombreux : elle apaise les troubles nerveux, les migraines, les insomnies...

 

« Il y a 50 ans, quand arrivait le début de l’été, de Vaison-la-Romaine jusqu’au col de Perty et à jusqu’à Sault, tout le monde pratiquait la cueillette du tilleul. C’était une source de revenu importante, parfois un tiers du revenu annuel des fermes. Pas une fleur ne se perdait ! », raconte monsieur Peydier. Florissante et réputée depuis le 19e siècle, l’économie locale des fleurs officinales de la région de Buis-les-Baronnies s’est pourtant effondrée il y a 20 ans, sous la pression de la concurrence internationale, en particulier chinoise.

 

Carte des Baronnies provençales, devenues parc naturel régional. La cueillette du tilleul se fait sur une région à cheval sur la Drôme, les Hautes-Alpes, le Vaucluse et les Alpes-de-Haute-Provence.

 

Le coup de grâce remonte à 1998. « A la foire au tilleul de Buis le 1er juillet 1998, les prix d’achat offert par les négociants de la région n’avaient pas dépassé les 45 francs le kilo, soit un manque à gagner de près de 50 % par rapport aux cours de l’année précédente », écrivait le Dauphiné Libéré. Le montant proposé par les acheteurs était si faible qu’il provoqua la colère des cueilleurs et leur refus de vendre. Et la production de tilleul a périclité.

 

Le tilleul des Baronnies, de 400 à 10 tonnes en 30 ans
 

Le 18 juin 2019, sur la rive opposée à celle du jardin de Pierre Peydier, une quinzaine de cueilleurs attaquent leur besogne. « Il y a 30 ans, 400 tonnes de tilleul étaient ramassées. Aujourd’hui cela ne représente plus qu’une dizaine de tonnes. Mais c’est toujours 80% de la production française », expose à Reporterre Jean-Jacques Cornand, l’un des cueilleurs. Cet instituteur à la retraite est l’un des responsables du syndicat des producteurs de tilleul officinal des Baronnies.

 

 

 

 

 

 

 

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