L’oligarchie, ou la démocratie sans le peuple

Contrairement à l’intuition commune, démocratie et oligarchie peuvent parfaitement coexister dans la démocratie libérale issue des révolutions américaines et européennes. C’est ce que rappelait Hannah Arendt aux lendemains de l’insurrection hongroise, invitant à distinguer démocratie représentative et démocratie délibérative.

 

Octobre 1956 : la révolution éclate en Hongrie, et le pays se couvre aussitôt de conseils, véritables organes de l’insurrection. Sept années plus tard, la théoricienne Hannah Arendt, pourtant réputée conservatrice, signe un essai intitulé Sur la révolution, qui contient des pages vibrantes consacrées à l’insurrection hongroise. On pourrait s’attendre à ce que cet éloge soit dirigé contre l’URSS. Il n’en est rien, car le livre contient autant une critique de la démocratie libérale que des démocraties populaires. Le diagnostic d’Arendt, au fond, est assez simple. Si Arendt se montre si critique à l’égard de la démocratie représentative en général, c’est parce que le système représentatif des partis exclut de l’espace public ce qu’Arendt appelle elle-même le « peuple ». 

 

Entrée refusée au peuple
 

Arendt l’écrit en toutes lettres. Dans le système de la démocratie représentative, « le bonheur et la liberté publics sont redevenus le privilège du petit nombre » : le privilège d’un petit nombre qui, même et surtout lorsqu’il entend se soucier du bien-être du plus grand nombre, de son « bonheur privé », se réserve en fait l’accès à l’espace public de la délibération politique. C’est même en ce sens qu’Arendt se croit en droit de redéfinir la démocratie représentative comme une « oligarchie » (c’est son mot). Et qu’elle se dit (c’est encore son mot) « fâchée » avec le terme d’« élite ».

 

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