Anatomie du nouveau néolibéralisme

Depuis une dizaine d’années, on annonce régulièrement la « fin du néolibéralisme » : la crise financière mondiale de 2008 a été présentée comme l’ultime convulsion de son agonie, puis ce fut le tour de la crise grecque en Europe (du moins jusqu’en juillet 2015), sans oublier bien sûr le coup de tonnerre de l’élection de Trump aux États-Unis en novembre 2016, suivi par le référendum sur le Brexit en mars 2017. Le fait que la Grande-Bretagne et les États-Unis, qui ont été des terres d’élection du néolibéralisme aux temps de Thatcher et de Reagan, paraissent lui tourner le dos par une réaction nationaliste aussi soudaine a marqué les esprits par sa portée symbolique. Et depuis, il y a eu en octobre 2018 l’élection de Jair Bolsonaro qui promet à la fois le retour de la dictature et l’application d’un programme néolibéral d’une violence et d’une ampleur très comparables à celles des Chicago boys de Pinochet. Le néolibéralisme non seulement se survit comme système de pouvoir mais il se renforce. C’est cette singulière radicalisation qu’il faut comprendre, ce qui implique de saisir le caractère à la fois plastique et pluriel du néolibéralisme. Mais il faut aller plus loin encore et saisir le sens des transformations actuelles du néolibéralisme, autrement dit la spécificité de ce que nous appelons ici le nouveau néolibéralisme.

 

La crise comme mode de gouvernement

 

Rappelons tout d’abord ce qu’est le concept de néolibéralisme, lequel perd beaucoup de sa pertinence lorsqu’il est employé de façon confuse, ce qui est souvent le cas. Il ne s’agit pas seulement de politiques économiques monétaristes ou austéritaires, ou de la marchandisation des relations sociales, ou encore de la « dictature des marchés financiers ». Il s’agit plus fondamentalement d’une rationalité politique devenue mondiale, qui consiste pour les gouvernements à imposer dans l’économie, mais aussi dans la société et dans l’État lui-même, la logique du capital jusqu’à en faire la forme des subjectivités et la norme des existences. Projet radical et même si l’on veut révolutionnaire, le néolibéralisme ne se confond donc pas avec un conservatisme qui se contenterait de reproduire les structures inégalitaires établies. Par le jeu des relations internationales de concurrence et de domination, par la médiation des grandes organisations de « gouvernance mondiale » (FMI, Banque mondiale, Union européenne, etc.), ce mode de gouvernement est devenu au fil du temps un véritable système mondial de pouvoir commandé par l’impératif de son auto-entretien.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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