Quand la CFDT voulait le socialisme et l’autogestion

July 17, 2019

« À la monarchie industrielle et administrative, il faut substituer des structures démocratiques à base d’autogestion. » Cette phrase du communiqué confédéral de la CFDT du 16 mai 1968 va résonner plus de dix années durant. Lorsqu’elle apparaît, comme clef de voûte d’un communiqué qui marquera l’engagement de la CFDT aux côtés du « mouvement de Mai », l’autogestion n’est pas encore tout à fait un point de ralliement dans la centrale. Mais elle n’est pas non plus une inconnue. Deux fédérations importantes ont déjà adopté cet objectif : la Chimie – dirigée par Edmond Maire, futur secrétaire général ; et HaCuiTex1 – dont la figure de proue est le syndicaliste alsacien Frédo Krumnow, particulièrement combatif.

 

Déconfessionnalisée en 1964, la toute jeune CFDT2 sort de plusieurs années de mobilisation contre la Guerre d’Algérie. Dans ce contexte, elle n’a pu que s’opposer aux « socialistes de gouvernement », qui, à l’instar de Guy Mollet ou François Mitterrand, ont affronté le camp de la paix et de l’indépendance algérienne. Une partie de ses principaux et principales militant·es se sont formé·es au sein de la Jeunesse ouvrière chrétienne, la JOC, et suivent de près l’émergence du Parti socialiste unifié, le PSU, si ce n’est y participent. Désireuse de s’ancrer à gauche, la CFDT cherche aussi à trouver une voie distincte du « socialisme de caserne » à l’Est, comme du couple repoussoir que représentent, pour elle, la CGT et le PCF ; l’une apparaissant comme inféodée à l’autre.

 

Il lui faut trouver un « autre socialisme » et l’autogestion peut alors apparaître comme une idée neuve. En Yougoslavie, mais aussi dans la jeune Algérie indépendante, dans l’industrie et l’agriculture, des expériences sont menées s’en revendiquant. Dans toute une gauche, libertaire et marxiste hétérodoxe, on parle d’autogestion3.

 

Les grèves de mai-juin 1968 comme les mouvements des lycéen·nes et étudiant·es4vont être pour la centrale cédétiste l’occasion de s’approprier le mot comme, progressivement, l’idée et le principe. D’abord parce que la CFDT aura été, sans nul doute, et bien plus que la CGT, au diapason de la radicalité des mois de mai et juin. Aussi parce qu’elle a reconnu qu’une remise en cause en profondeur de la société bourgeoise s’y était exprimée.

 

Pour Albert Détraz, alors responsable du « secteur politique » de la CFDT, « à travers les journées de mai s’est dégagée une volonté commune de refus, le refus de l’école-caserne, de l’université féodale, de l’entreprise pénitentiaire, d’une administration sclérosée dans un formalisme inhumain ; c’est en cela que l’élan révolutionnaire de ces événements peut être qualifié de libertaire.5» La CFDT ouvre alors grandes ses portes à celles et ceux qui se reconnaissent dans « l’esprit de Mai ». Concrètement, elle gagne presque 115 000 adhérent·es supplémentaires, ce qui correspond à une progression de 20 % de ses effectifs pour atteindre les 665 000 membres. Et nombre de ces équipes militantes nouvelles promeuvent activement les pratiques héritées de 68, notamment le recours à l’assemblée générale afin que travailleuses et travailleurs s’approprient leurs luttes. La CFDT devient très nettement une organisation intervenant activement dans la lutte de classe.

 

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