Les services publics, ces parias de l’Europe

Commentaire d'ASAV : Cet article date d'octobre 1991... Tout ce que l'auteur dénonçait s'est aggravé et rien de ce qu'il préconisait n'a été fait...

 

La construction communautaire va-t-elle continuer à être dominée par la frénésie du marché et de la concurrence, au mépris des valeurs de solidarité et d’égalité d’accès des citoyens aux services essentiels ? Les entreprises et services publics sont, en tout cas, dans le collimateur de la Commission qui vient de se doter des moyens réglementaires de les placer sous haute surveillance. La même dérive néolibérale inspire les experts de l’OCDE, pour qui le salaire minimum des Français serait trop élevé — ce qui contribuerait à aggraver le chômage. Aussi M. Bérégovoy, ministre de l’économie, propose-t-il un salaire minimum inférieur pour les jeunes non qualifiés.

 

Qu’est-ce qu’un service public assuré par une entreprise publique, entité où la puissance publique est dominante mais qui dispose d’une personnalité morale, d’un compte d’exploitation, d’une direction propres, à l’inverse d’une administration ? Qu’est-ce que le rôle d’un Etat dans le champ des services au citoyen ?

 

La France a trouvé à ces questions des réponses originales et adaptées à sa diversité et à son identité. Pendant plusieurs décennies, le consensus a été profond pour épargner à certains champs de l’activité économique la logique du court terme, et promouvoir autant que possible les facteurs d’équité et de cohésion.

 

Ces réponses ont d’abord un fondement politique — l’égalité d’accès des citoyens à des services jugés essentiels, tels l’énergie, les transports, la communication, — même si leur genèse est très variée : parfois produit de l’histoire, comme pour la Poste, ou aboutissement d’une volonté collective, comme l’instruction publique, mais aussi prise en charge par l’Etat d’un domaine d’activité en voie d’abandon par le capital privé, ainsi la nationalisation des réseaux ferrés pour créer la SNCF en 1937. La construction européenne, dominée par l’idéologie néolibérale, risque de remettre rapidement en cause cette situation, le discours communautaire sur la « concurrence » et la mise sous haute surveillance des entreprises publiques venant à point nommé conforter la volonté des groupes industriels ou financiers internationaux d’étendre leur territoire. Poser la question des entreprises et des services publics du point de vue du citoyen, c’est donc aujourd’hui s’interroger sur une alternative : faut-il accepter le modèle à la fois ultralibéral et technocratique qui fonde les décisions de certains commissaires bruxellois, en particulier M. Leon Brittan (1), ou élaborer, à l’échelle européenne si possible, des propositions politiques et sociales>commandant des orientations économiques (2) ? Le débat n’est pas que théorique. Chacun peut en mesurer concrètement les incidences.

 

 

 

 

 

 

 

Pour lire la suite

 

 

 

Please reload

Salaire à Vie

Association loi 1901

  • Facebook - Black Circle
  • YouTube - Black Circle
Logo ASAV.jpg