L’écologie du capitalisme ou la grande braderie du monde

À l'heure où le mouvement des gilets jaunes combat la grande braderie des vies, l'ouvrage Comment notre monde est devenu cheap de Moore et Patel tombe à pic. Croisant marxisme et écologie il met au jour les mécanismes d'appropriation de la nature et d'exploitation des humains, et dessine les voies d'une contre-attaque.

 

À propos du livre de Jason Moore et Raj Patel, Comment notre monde est devenu cheap. Une histoire inquiète de l’humanité (Flammarion, 2018).

 

Il est parfois des livres dont la parution fait remarquablement écho à des événements inattendus. Quelques semaines à peine après la publication de Comment notre monde est devenu cheap. Une histoire inquiète de l’humanité (Patel et Moore, 2018), voilà qu’éclate le mouvement des Gilets Jaunes : un ensemble diffus de personnes et de revendications qui s’opposent à la grande braderie des vies sans cesse mise en œuvre dans le capitalisme et que narre cet ouvrage.

 

Il s’agit d’un livre d’histoire économique mais j’écris cette recension en économiste et non en historien. C’est pourquoi je résumerai brièvement mais ne discuterai pas l’histoire que font les auteurs de la cheapisation et concentrerai la discussion essentiellement sur les aspects conceptuels et théoriques. J’aborde, pour finir, les perspectives politiques que l’on peut esquisser à partir de cet ouvrage.

 

La problématique du livre, ambitieuse et alléchante, est de « penser les relations complexes, conflictuelles et inter-dynamiques qui existent entre les hommes et le reste du vivant » (p. 11). Pour cela, les auteurs se demandent « comment les humains – et les dispositifs humains de pouvoir, de violence, de travail, d’inégalités – s’insèrent à l’intérieurde la nature » (p. 50). On retrouve là l’approche moniste chère à Jason Moore et déjà exposée en détails dans son ouvrage Capitalism in the web of life (2015) qui entend rompre avec les approches dualistes séparant l’analyse des sociétés de celles de la nature (sous-entendu, de la nature non-humaine). L’analyse des auteurs se fait dans le contexte du capitalisme, défini très largement comme un « ensemble de relations entre les hommes et le monde » (p. 11), soit une « écologie– un ensemble de relations intégrant pouvoir, capital et nature » (p. 50). Cette définition est vague. Ce qui fait donc la spécificité du capitalisme, arguent les auteurs, est le mécanisme par lequel les sociétés s’insèrent dans la nature. Ce mécanisme est celui de la cheapisation (non-traduction de cheapening)1.

 

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