Dans le couloir minier péruvien. Même le quinoa aux cent couleurs ne leur appartient plus

Pour le pouvoir économique et politique, l’industrie minière est la seule activité économique dans les Andes. Il en a été ainsi au Pérou depuis la conquête. Malgré les dégâts évidents qu’elle produit, les critiques sont souvent accusés d’«ennemis du développement» et les communautés qui s’opposent à la méga exploitation minière sont poursuivies, accusées d’être des «organisations criminelles».

 

 

La luminosité de Cusco lacère les yeux. Mais aussi, elle attire l’attention, séduit les regards qui se pose ici et là sur les pierres incas, d’abord, et file ensuite vers les montagnes magiques, peu après. Les suaves vallées du Cusco laissent peu à peu la place, que l’on descende ou que l’on continue de monter, à de gorges tapissées par des cultures des plus variées, selon la hauteur, selon les éco milieux que l’on parcoure. Les terres hautes et froides, à plus de 3500 mètres, peuplées par des bergers d’alpagas, lamas et brebis, dialoguent et échangent avec les terres basses et chaudes, terres de maraîchage et de fruits tropicaux.

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La symbiose entre modernité et exploitation minière, entre développement et caractère colonial du pouvoir, est en train de causer plus de dégâts que ceux, déjà bien nombreux, causés par la période coloniale et par la république en cinq siècles. Un peu plus d’un demi-siècle après avoir écrit «Appel à quelques docteurs» (Llamado a algunos doctores), un poème déchirant d’Arguedas dans lequel il dénonçait la discrimination de la culture quechua, «le quinoa aux cent couleurs» qu’il aimait et célébrait est devenu une marchandise hautement prisée dans les restaurants des pays développés, mais il est aussi devenu un produit de luxe, inaccessible, pour les familles des communautés.

 

«Je sème le quinoa aux cent couleurs, de cent variétés, de puissante graine. Les cent couleurs sont aussi mon âme, et la vie de mes yeux», disait le poète. Arguedas n’a pas vécu pour voir la destruction de ses rêves régénérateurs, il a préféré s’en aller par sa propre volonté, plutôt que de contempler impuissant la destruction du monde qu’il aimait. (Article publié dans l’hebdomadaire uruguayen Brecha, en date du 17 mai 2019; Raúl Zibechi a écrit cet article suite à sa visite dans la région de Cusco et d’Apurimac; traduction A l’Encontre)

 

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