France-débat: «La pauvreté et la précarité sont désormais vécues comme une condition pérenne, impossible à inverser, symptômes d’une reprolétarisation rampante»

Le mouvement des Gilets jaunes offre l’occasion de reprendre à nouveaux frais la discussion au centre de la sociologie française des dernières décennies entre déterminisme et pragmatisme. Suivant le Pierre Bourdieu des débuts, celui d’Algérie 60 [Pierre Bourdieu. Algérie 1960. Structures économiques et structures temporelles, Ed. de Minuit, 1977] qui porte son attention sur la perception de l’avenir, son inscription dans les conditions matérielles présentes et le champ des possibles qu’elles déterminent objectivement.

 

Le mouvement des Gilets jaunes a mis au premier plan un profond décalage entre les acteurs dominants du champ politique (ceux de la classe politique comme les analystes) et de larges couches de la population, en particulier parmi les classes populaires. Cette crise a fait surgir dans l’arène médiatique des groupes que les usages sociologiques ne décrivaient pas toujours comme particulièrement fragiles : d’après les premières enquêtes disponibles, ouvriers, employés, précaires ou en CDI, petits indépendants et retraités semblent avoir été très présents parmi les Gilets jaunes et s’être souvent sentis représentés par eux. En d’autres termes, un «monde du travail» auparavant décrit comme «invisible» s’est rendu visible [1].

 

De manière plus diffuse, cette crise et l’ensemble des prises de conscience sur lesquelles son développement s’est appuyé – et qu’il a alimenté – indiquent que la façon dont est perçu l’ensemble de la société est en cours de recomposition. Ce phénomène à large spectre n’affecte pas tous les groupes sociaux de la même manière. En première approximation et pour reprendre une distinction à la mode, on peut dire que les Gilets jaunes constituent avant tout un mouvement de «bons pauvres» – ceux qui travaillent ou ont travaillé – et qu’en se manifestant, ils ont mis en évidence, toute la duplicité de la dichotomie établie entre bons et mauvais pauvres, puisque si le «mauvais» pauvre était désigné comme un pauvre qui ne travaille pas, le travailleur – «l’inclus» – n’était jusqu’ici pas réellement vu comme susceptible d’être pauvre.

 

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