Aux sources du capitalisme européen

Michel Husson relève les apports du second tome du « premier âge du capitalisme », de l'historien Alain Bihr. La guerre, démontre l'auteur, « est inhérente à ce capitalisme mercantile engagé dans la première mondialisation ».

 

 

Alain Bihr continue l’entreprise entamée il y a six mois, avec la publication du tome 2 de son histoire du « premier âge du capitalisme » qu’il fait aller de 1415 à 1763. La principale thèse du premier tome (L’expansion européenne) était que cette expansion, commerciale et coloniale, aura été une condition essentielle de l’émergence du capitalisme en Europe occidentale (1).

 

Le deuxième tome, sous-titré La marche de l’Europe occidentale vers le capitalisme(2) poursuit l’analyse du développement interne du capitalisme au centre, en articulant les déterminations économiques, sociales et politiques.

 

La première partie analyse le « parachèvement des rapports capitalistes de production » fondé sur l’accumulation de capital-argent dans les activités commerciales et financières, combinée avec un lent essor du capitalisme industriel. Dans un chapitre passionnant, Bihr identifie de premières formes d’automatisation, soit par mécanisation (par exemple les scieries) soit par « chimisation » dans le cas notamment de la production de salpêtre, nécessaire à la fabrication de la poudre pour les armes à feu. Mais il ne s’agit que des balbutiements d’une proto-industrialisation.

 

Il s’agit encore d’un protocapitalisme, qui reste dominé par les principes du mercantilisme. C’est la doctrine et la politique économique de l’absolutisme. Mais c’est aussi, selon Bihr, l’expression de la prédominance grandissante des intérêts économiques capitalistes, principalement ceux du capital marchand.

 

La deuxième partie montre pourquoi la guerre est inhérente à ce capitalisme mercantile engagé dans la première mondialisation. Bihr étudie les bouleversements sociaux et politiques qui conduisent progressivement d’une « société d’ordres » à une société de classes. Le clergé est alors « puissant mais divisé », la noblesse « entre déclin et renouvellement », tandis que la bourgeoisie montante reste « dominée ». La base sociale de l’absolutisme se décompose peu à peu, et les révolutions bourgeoises éclatent. Mais le récit de Bihr est bien éloigné d’un marxisme mécanique et il insiste au contraire sur les paradoxes de ces révolutions : désunion de la bourgeoisie, et marché de dupes pour leurs soutiens populaires ou petit-bourgeois.

 

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