Le colonialisme est dans nos rues !

En avril 2018 était lancée à Lille la campagne « Faidherbe doit tomber » à l’initiative de Survie Nord, le FUIQP 59/62 et l’Atelier d’Histoire critique. Cette initiative s’inscrit dans un grand mouvement mondial de pensée et d’action sur le passé colonialiste de l’Occident, la place des symboles dans l’espace public et le rôle de l’art dans notre société, en parallèle aux questions de restitution des œuvres.

 

Il est étonnant, ou plutôt inquiétant, d’observer combien la question coloniale semble anecdotique dans la sphère des débats publics. Le referendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie a suscité, sur plusieurs mois, bien moins d’articles dans les médias que, par exemple, les midterms aux États-Unis… Outre que cela devrait nous rappeler que les médias (la plupart – et les plus lus) sont davantage des publicitaires que des informateurs, qu’ils travaillent pour le profit et non pas, malgré leurs assertions, pour la liberté (il faut relire, à cet égard, l’analyse, parmi d’autres, de Jacques Bouveresse [1]), cette mise en lumière de divers faits secondaires (quant aux urgences locales publiques) rappelle que le fait divers est surtout là, comme le disait Pierre Bourdieu, pour faire diversion.

 

Et quand il s’agit d’interroger notre espace public (ou soit-disant « public »), il est consternant de constater combien la question est minimisée, voire occultée, par les principaux intéressés : c’est-à-dire nous-mêmes. Pourtant, l’espace public nous construit plus encore peut-être que nous le construisons. La Renaissance (la « Ville idéale »), la peinture métaphysique (la Ferrare de Giorgio de Chirico), les Surréalistes (dans la Nadja de Breton par exemple), les Situationnistes (avec la réappropriation par la psycho-géographie d’Ivan Chtcheglov) en avaient une conscience bien plus aiguë que nous. Ainsi, la remise en question de certaines statues ou représentations dans nos villes n’est ni anecdotique (ce n’est pas un « fait divers »), ni radicale, ce n’est ni un négationnisme (une volonté de réécrire l’Histoire), ni une marotte de quelques révoltés, mais bien un des moyens les plus efficaces pour interroger la complexité des constructions historiques qui nous déterminent.

 

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