Travail gratuit ou exploitation ? — rencontre avec Maud Simonet

February 28, 2019

On dit que tout travail mérite salaire. Et on observe que le salariat est l’institution majeure qui transforme une activité en travail.Pourtant, il semblerait que tout travail ne soit pas rémunéré — encore moins salarié. Toutes les activités doivent-elles êtres nommées « travail » ? 

 

Il y a un enjeu politique à définir ces activités comme du travail. C’est un parti pris déjà ancré théoriquement. C’est ainsi que les féministes regardaient les activités domestiques — toutes ces activités faites au nom de l’amour, de la famille, de la maternité ou de la féminité, et qui participent au fonctionnement de la société, du marché du travail, du capitalisme et du patriarcat sans pour autant être reconnues comme du travail. Le premier instrument que les féministes ont utilisé pour les rendre visibles et les mesurer, c’est de regarder quelles activités faites à la maison pourraient être externalisées sur un marché du travail. Et ça pose question : on peut s’entendre sur la cuisine, les courses, le ménage, la garde des enfants, mais qu’est-ce qui se passe quand on joue avec les enfants ou qu’on se nettoie soi-même ? Est-ce que faire l’amour, c’est du travail domestique ? Il y a eu tout un débat autour de la définition de ces activités, qui a été résolu par la proposition de faire des périmètres plus ou moins larges de l’activité.

 

La question qui vient ensuite, une fois défini ce périmètre, est celle de l’unité de mesure. Dans les années 1970, des études montrent tout le temps que les femmes consacrent au travail domestique, sans que ça ne trouve d’écho. Il a fallu le mesurer en monnaie pour le rendre visible socialement — c’est « l’enjeu de la valeur », pour reprendre les termes d’Annie Fouquet. Il a fallu l’exprimer dans l’unité de compte dominante pour mesurer le poids que le travail domestique pouvait représenter dans la production. Là aussi, ça a généré des débats. À partir du moment où on mesure en monnaie, est-ce qu’il n’y a pas un risque d’appliquer à la sphère intime une logique de marché ? Est-ce qu’en valorisant monétairement ce travail non reconnu comme tel, on ne le réduit pas à sa simple valeur marchande ? Redéfinir ces activités, c’est donc faire une contre-proposition et dire qu’il y a tout un espace de l’activité qui est encore considéré comme autre chose que du travail — l’activité familiale, de loisir, d’engagement ou de formation — et qui, pourtant, participe au fonctionnement de nos associations, de nos entreprises et de nos services publics.


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