Gilets Jaunes, l’urgence de l’acte – La véritable surprise de ce mouvement réside dans l’irruption d’un nouvel acteur issu des couches parmi les plus « invisibilisées »

January 31, 2019

Comme tout mouvement doté d’une force événementielle, celui des Gilets Jaunes (GJ) se présente à la fois comme anticipé et inattendu, surinterprété et résistant aux interprétations.

 

Comme tout mouvement doté d’une force événementielle, celui des Gilets Jaunes (GJ) se présente à la fois comme anticipé et inattendu, surinterprété et résistant aux interprétations. Anticipé, tout d’abord, dans la mesure où, depuis des années déjà, et des côtés les plus opposés, il est question de cette « insurrection qui vient » : des secteurs militants radicaux bien entendu, et en particulier de la mouvance autonome à l’origine de la brochure qui a popularisé l’expression, mais tout autant d’acteurs politiques déjà bien établis et aspirant à la conquête du pouvoir par les urnes. Ainsi, depuis un certain temps déjà, un Jean-Luc Mélenchon diagnostique une « situation pré-révolutionnaire » et en appelle à une « révolution citoyenne » qui le porterait au sommet de l’État. Ces propos entrent en résonance avec le cycle des rébellions populaires ouvert par la crise de 2007-2008, des mouvements qui, à l’instar du mouvement espagnol d’occupation des places (15M), refusent pour la plupart de se situer sur l’axe gauche-droite[1]. Saisissant l’opportunité offerte par l’éclatement de ce clivage qu’elle s’emploie à également à récuser à sa façon, l’extrême-droite, de Marine Le Pen à Alain Soral, appelle de son côté à une « révolution patriotique » des « vrais Français » contre les « élites mondialisées ».

 

A cette palette de positions « dégagistes », bien que prônant des orientations diamétralement opposées, il convient d’en ajouter une, et non la moindre puisqu’elle émane de l’acteur qui a précisément relevé avec succès le défi de la conquête électorale du pouvoir. Emmanuel Macron donc, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’hésitait pas à donner à l’ouvrage qui lançait sa campagne pour l’élection présidentielle le titre de Révolution[2]. Il y diagnostiquait notamment un « divorce entre le peuple et les gouvernants », une « crise démocratique des sociétés occidentales » et appelait à refuser les « compromis bancals » pour « conduire une révolution démocratique ». Jacques Attali, un proche de Macron qui a joué un rôle décisif dans son ascension politique, constatant la décomposition accélérée du paysage politique sous la présidence de Hollande, voyait – en 2015 déjà ! – la France basculer dans une « situation pré-révolutionnaire »[3].

 

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