Malades au travail, malades du travail

January 25, 2019

Entretien avec Lise Gaignard, psychologue du travail et psychanalyste, qui combat depuis plusieurs années, notamment via ses chroniques publiées dans Alternative libertaire [1], les tendances à la psychologisation dépolitisante de la souffrance au travail.

 

Comment en tant que psychanalyste en êtes-vous venue à vous intéresser spécifiquement à la question du travail ?

 

J’ai commencé ma carrière dans des cliniques de psychothérapie institutionnelle, La Chesnaie puis La Borde. L’une des caractéristiques de ce mouvement est de questionner le travail hospitalier, l’organisation des soins : dans un service de psychiatrie l’analyse des liens de travail doit fonder le travail analytique. Plus tard, j’ai participé aux recherches en psychodynamique du travail et j’ai étendu mon champ de recherche à l’ensemble des travailleurs. C’est à peu près à cette période que des médecins du travail et des syndicats ont commencé à adresser à mon cabinet des travailleurs « victimes de harcèlement moral ».

 

Qu’est-ce qui dans la souffrance de vos patients est propre à l’état actuel de l’organisation du travail ?

 

Quand on est malade, on est souvent malade du travail puisque c’est notre principal mode d’échanges avec les autres humains. Surtout si on ne considère pas uniquement l’emploi, mais qu’on inclut le travail scolaire et le travail domestique. C’est une illusion de croire qu’il existe le travail employé d’un côté et la vie privée de l’autre : l’amour et le travail sont beaucoup plus liés qu’on ne veut bien le croire. Nous sommes faits des échanges que nous avons avec les autres. C’est pourquoi il faut faire attention où on met les pieds. Et les mains. Le système d’échanges néolibéral est très efficace du point de vue de la production : le travail humain n’a jamais autant rapporté d’argent. Mais les inégalités de vie et de santé sont très importantes et continuent de se creuser, même entre les travailleurs français. Alors, on invente des stratagèmes pour ne pas être trop gêné aux entournures, on se débrouille pour masquer et se cacher cette surexploitation d’autrui et de la planète. Et puis un jour ou l’autre, le masquage s’effrite et les travailleurs zélés s’effondrent. Ce sont ceux-là qui viennent me voir, des cadres et des professions intermédiaires essentiellement, qui ont longtemps fait corps avec l’organisation du travail et qui finissent par tomber de haut.

 

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