« Démocraties capitalistes », État néolibéral-autoritaire et fascisme

December 9, 2018

Conclusion du chapitre 4 : « Vers l’État néolibéral-autoritaire »

 

La contre-révolution autoritaire a d’abord été, à la fin des années 1970, une réponse à la montée des luttes sociales (incluant les luttes antiracistes et de l’immigration mais aussi les luttes féministes et écologistes) et d’une conscience anticapitaliste de masse. Pour autant, son amplification présente ne renvoie pas à l’imminence d’une menace révolutionnaire à laquelle seraient confrontées les classes dirigeantes des puissances capitalistes dominantes. D’ailleurs, au regard de l’ampleur des reculs imposés aux populations et des méthodes employées, la polarisation politique y demeure pour l’instant relativement faible et les luttes de classe d’une intensité indéniablement moindre que dans l’entre-deux-guerres. On assiste donc actuellement davantage à une décomposition progressive des équilibres politiques antérieurs – dont les effets à moyen et long terme sont imprévisibles – et à une offensive autoritaire préventive, qu’à une soudaine irruption des dépossédés renversant la table et contraignant les bourgeoisies à se passer de la démocratie. Cela étant, rien n’empêche d’envisager, dans les années à venir, un approfondissement de la crise politique, une politisation radicale à grande échelle et une accélération de la poussée autoritaire.

 

Comme on l’a vu, le glissement des « démocraties capitalistes » vers des régimes autoritaires respectant généralement la légalité formelle tout en marginalisant, corsetant voire écrasant les formes directes d’intervention démocratique, ne date pas, en France, de la mise en place de l’état d’urgence. Il s’est amorcé dès la fin des années 1970 et exprime depuis lors une crise latente des États capitalistes tels qu’ils se sont construits aux XIXe et XXe siècles. L’enjeu politique actuel, pour les classes dirigeantes, se situe donc au niveau des structures mêmes de ces États : il s’agit de relancer l’accumulation capitaliste tout en assurant la reproduction des rapports sociaux et la légitimation de la domination bourgeoise. Cela supposerait, non la simple répression des mouvements de contestation, mais leur domestication et l’intégration politique de larges segments du salariat. Or, cette dimension s’est révélée en France un point d’achoppement pour l’État néolibéral-autoritaire, du fait notamment de l’ampleur des luttes sociales et politiques depuis l’hiver 1995.

 

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