Comment traiter le coup de la panne militant ?

May 13, 2016

C'est avec beaucoup d'humour que Philippe décrit notre dernière formation à la prise de parole. Etre un militant sincère n'exclut pas de ne pas se prendre au sérieux, et je dirais même plus...

 

Le groupe local IDF s’est réuni à la Maison des associations du XXème jeudi, afin de travailler sur le traitement du discours militant. Nos interventions à Nuit Debout, place de la République ou le long des cortèges manifestants, la difficulté à dialoguer avec le public a été soulevée par nombre de membres franciliens du Réseau Salariat. Beaucoup ont eu en effet à faire face au coup de la panne militant, lorsqu’il s’agissait pour eux de traiter des objections et d’exposer de façon succincte les objectifs de notre association.

 

Qu’à cela ne tienne ! Piero nous a rassemblé jeudi soir pour une thérapie de groupe qui a eu beaucoup de succès. La réunion annoncée à grands renforts de messages sur la liste de discussion, a été très courue puisque nous étions 13 à nous presser dans la plus petite salle de la Maison des associations. Pas pour nous tenir chaud en cette chaude journée de mai, mais pour nous tenir les coudes et affronter une adversité simulée. La réunion s’est déroulée en 3 parties à peu près égales, où nous avons chacun pu élaborer les prémices du "discours militant incarné", comme nous l’a enfin dévoilé notre formateur :

 

Les préliminaires :

 

Pour nous mettre en train et pendant que nous dégustions les apéritifs que Dominique et William avaient préparés, nous avions eu pour tâche de nous épancher sur nos complexes, nos inhibitions et nos lacunes par rapport aux interventions que nous avions initiées par le passé. Comment harponner les badauds, mais devions-nous vraiment le faire ? Comment rendre le discours écrit sur le tract à l’oral ? Comment nous affranchir de nos pudeurs… de nos peurs, pour abasourdir nos auditeurs ? Mais au fait, avions-nous réellement à les étourdir de paroles bien senties ? Comment rester pertinent, sans être toujours certains de demeurer dans le vrai ? Autant de questions en attente de réponse…

 

La difficulté à comprendre, et à expliquer les idées de Réseau Salariat tient à la complexité des concepts macroéconomiques d’une part, à la soumission à la doxa de l’idéologie dominante d’autre part ! Nous éprouverions autant de difficultés à nous en abstraire, que nos interlocuteurs à prendre le recul que nous leur demandons. Dialoguer avec une personne supposerait alors de se mettre à sa portée, de lui proposer un message conforme à ses attentes. Que dire, comment s’adapter à une personne jeune, âgée, de couleur, devant une bouche de métro, lors d’un événement militant, ou dans l’expression d’une lutte ? La question de la prise de parole se révèle extrêmement variée.

 

La mise en bouche :

 

Nous avons effectué un exercice de dialogue par groupes de trois personnes à l’intérieur de la salle ou devant la Maison des associations, sur le trottoir… Chacun des membres de chaque groupe devait à tour de rôle prendre celui :

 

Du convaincant ;

 

De la personne à convaincre ;

 

De l’observateur chronométreur.

 

Nous avons ainsi été amenés à persuader une personne a priori convaincue, et que nous pensions déjà connaître, de la justesse d’une proposition de RS ! Un défi, une gageure en dépit des apparences ! Pendant trois à cinq minutes, nos interlocuteurs respectifs nous ont donné pas mal de fil à retordre. C’est ainsi que cet exercice de prise de parole a duré plus de temps que prévu, car chacun s’y est adonné avec la plus grande passion. La force de conviction de chacun a-t-elle pour autant été au rendez-vous ?

 

La débandade :

 

L’heure du bilan a fatalement et finalement sonné. Nous sommes retournés dans la salle pour faire les comptes, mais heureux d’avoir surmontés tout de même un peu de nos angoisses, et ravis d’avoir réussi à nous exprimer dans un contexte pratique sans risquer de sanction ou d’opprobre publique. Dans nos échanges, nous avons ainsi retenu plusieurs postures :

 

La demande ou la dispense de conseil ;

 

Le questionnement ;

 

L’approfondissement d’une thématique.

 

Piero conclut la séance en questionnant le "discours du moi militant", qui ne devrait pas s’affirmer dans une parole désincarnée directement sortie d’une thèse ou d’une salle de cours, mais toujours ancrée dans l’expérience, et une écoute attentive des attentes d’autrui. Le militait pourrait plutôt s’attacher à incarner un discours que de le restituer. Mais c’est plus facile à exposer qu’à dire — dans la réalité !

 

 

 

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