Socialiser la valeur ajoutée

April 15, 2016

La France produit environ 2000 Mds€ de valeur économique chaque année. C’est ce que nous dit la comptabilité nationale avec le calcul du PIB qui représente la somme des salaires et des profits, autrement dit la valeur ajoutée réalisée dans le pays. Nous voyons déjà combien le critère retenu est réducteur. Une activité qui ne fait pas de profit et qui n’est pas rémunérée ne crée pas de valeur selon cette comptabilité. L’activité bénévole et le travail domestique par exemple ne sont pas pris en compte. La richesse nationale excède donc largement le calcul de la valeur ajoutée. Car finalement nous participons tous à la création de valeur : le couple qui élève ses enfants, le retraité qui met ses compétences professionnelles au service d’une association, le stagiaire qui participe à la vie de l’entreprise, l’étudiant qui se forme pour exercer un métier utile à la société, le citoyen qui s’implique dans la vie de son quartier… Bref, nous travaillons tous mais nous ne sommes pas tous reconnus comme producteurs de valeur économique.

 

Est reconnu comme producteur de valeur économique celui qui valorise un capital. Le capitalisme a imposé sa pratique de la valeur qui repose pour l'essentiel sur la propriété lucrative. Il a développé pour cela un mode spécifique d’organisation du travail : le salariat. Celui-ci représente aujourd’hui 93% de la population active. Il produit la quasi intégralité de la valeur économique de notre société (les 7% restants représentent les indépendants qui produisent 6% de la valeur ajoutée).

 

Les sociétés de capitaux consacrent la domination d’une classe dirigeante sur l’économie. Du petit patron jusqu’aux dirigeants du CAC40, la valeur ajoutée créée par les salariés est la propriété des employeurs et des actionnaires qui décident des orientations stratégiques, des investissements, des conditions de travail, des rémunérations. Pour ainsi dire, de nos vies. Le lien de subordination caractérise le contrat de travail avec l’employeur.

 

Les sociétés de capitaux consacrent la domination d’une classe dirigeante sur l’économie. Du petit patron jusqu’aux dirigeants du CAC40, la valeur ajoutée créée par les salariés est la propriété des employeurs et des actionnaires qui décident des orientations stratégiques, des investissements, des conditions de travail, des rémunérations. Pour ainsi dire, de nos vies. Le lien de subordination caractérise le contrat de travail avec l’employeur.

 

La diversité des unités de production ne doit pas nous illusionner sur le degré de concentration du pouvoir économique. Les PME indépendantes des grands groupes n’emploient que 12,5% des salariés du secteur marchand. La valeur ajoutée est en fait concentrée entre les mains d’une minorité de propriétaires qui contrôle la production de notre pays (à l'échelle mondiale, 1% de la population possède 50% des richesses) et décide de ce que doit être le travail. Le pouvoir économique appartient donc à une oligarchie financière dont le principe de rentabilité conditionne des réalités aussi variées que le chômage de masse, la qualité de notre alimentation ou encore la surexploitation des ressources naturelles. La propriété lucrative est responsable de la crise sociale et écologique que nous traversons.

 

Le projet de Réseau Salariat consiste à émanciper la création de valeur. Non pas en inventant un autre monde mais en généralisant l’existant. Le capitalisme est une contradiction en marche. Pour se développer, il a dû composer avec une organisation sociale qui a développé des institutions salariales pour se défendre de l'appropriation marchande. Le salariat se décompose ainsi : 30% relèvent du secteur non marchand et 70 % du secteur marchand. Un tiers de la population active échappe aujourd'hui à la propriété lucrative. Le secteur non marchand a cette particularité de répondre aux besoins sociaux en dehors du marché des biens et services où sont prélevés les profits. Ses prestations sont financées par la cotisation sociale et l’impôt sur la production marchande à laquelle il participe indirectement. Sa production est socialisée. Actuellement, 45% de la valeur produite dans notre pays est déjà socialisée. Le reste se partage entre les salaires du privé et les profits qui représentent 20 % du PIB, soit 360 Mds€. 

 

La cotisation plutôt que l'impôt

 

Réseau salariat propose de socialiser l’intégralité de la valeur ajoutée marchande par la cotisation sociale. Les entreprises du secteur marchand au lieu de verser des salaires et des dividendes cotiseront auprès d’une caisse des salaires et des investissements gérée par les salariés eux-mêmes. Il ne s’agit plus de redistribuer la richesse prélevée par les employeurs mais de passer à une maîtrise populaire de la valeur. La cotisation sociale est l’outil qui en finançant les retraites, le personnel soignant, les allocations chômage, les foyers (allocations familiales) a permis de se dispenser d’employeur et d’investisseur. Le choix de la cotisation sociale est primordial car il se distingue de l'impôt dans la mesure où il n'est pas un prélèvement sur les profits et parce qu'il prélève directement sur la valeur ajoutée la part qui revient au travail socialisé. Cet outil éminemment anti-capitaliste dispense de passer par la valeur lucrative pour financer l'économie. Dès lors, il s’agit de généraliser cette conquête sociale à l'intégralité de la production de richesse. Les producteurs peuvent ainsi disposer de la production de valeur pour l’affecter démocratiquement à des activités qui répondent aux besoins sociaux dans le respect de l'environnement, et verser un salaire à vie aux 50 millions d’adultes de la population française car nous sommes tous producteurs.

 

Le progrès social passe par l'émancipation du salariat, autrement dit par l'abolition de sa subordination à la propriété lucrative. La valeur créée par les salariés doit revenir aux salariés grâce à un nouveau statut du producteur qui institue la propriété d'usage comme droit politique.

 

Frédéric Lutaud, mars 2016

 

 

 

 

 

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