« Un capitalisme rentier qui n’assume plus d’être employeur »

« Création du compte personnel d’activité, développement de l’autoentreprenariat, revenu de base… l’économiste et sociologue Bernard Friot met ces éléments nouveaux en perspective et interroge leur rôle dans l’économie capitaliste. Animateur de Réseau-Salariat, association d’éducation populaire, il avance l’idée d’un « salaire à vie » à l’image du droit de vote comme un droit politique ».

 

C'est par ces mots que l'Humanité résume l'entretien que ses journalistes ont eu avec Bernard Friot.

 

 

Ce qui est frappant dans la pensée révolutionnaire de ce grand chercheur, c’est que son ancrage dans le déjà-là des acquis du début de 20ième siècle – et notamment de la Sécurité sociale - lui permet d’englober dans sa vision toutes les « innovations »  les plus perverses du capitalisme et d’en faire une analyse fine, inattendue et subversive.

 

Dans cet entretien, Bernard Friot commence par expliquer que le salaire à vie, dont il réclame la généralisation, constitue une « reconnaissance d’un droit attaché à la personne et non pas à un emploi ou à la vente d’un produit ». Selon lui, le compte personnel d’activité que le gouvernement socialiste est en train de mettre en place est une « régression … puisque c’est la performance dans l’emploi qui alimente le compte … sauf que l’emploi, tel qu’il est vu par les capitalistes ce n’est plus ‘l’emploi-poste’ mais ‘l’emploi-parcours’ … Et passer des droits attachés au poste aux droits attachés au parcours, ce n’est en aucun cas passer à des droits attachés à la personne. Pour qu’un travailleur soit titulaire de droits attachés à sa personne, il faut que ces droits le libèrent de l’aléa du marché du travail et du marché des biens et services. »

 

Bernard Friot explique que « les capitalistes ne veulent plus lier le profit au fait d’assumer sur le long terme des salaires, des cotisations sociales, le fonctionnement d’un comité d’hygiène et de sécurité, les droits du CE, etc. C’est pour cela qu’ils construisent avec tant de continuité depuis 1992, avec la CFDT, une ‘sécurisation des parcours’ qui renverse la logique de responsabilité. Ce ne sont plus les employeurs, mais les intermédiaires du marché du travail qui sont le ‘pôle emploi’ ! Et les droits des salariés sont renvoyés à leur capacité à alimenter un CPA au prorata de leur performance sur les marchés, qu’ils soient du travail ou des biens, sur lequel ils n’ont aucune prise. »

 

A la question sur le revenu de base, Bernard Friot répond que tout ça va ensemble. « Le filet de sécurité que va offrir un revenu de base est la condition du recul de la sécurité qu’offre le code du travail … Le revenu de base ne supprime pas la propriété lucrative, et les capitalistes seront en capacité de récupérer la valeur produite. Et ce ne sont pas eux qui paieront puisque c’est l’impôt qui finance le revenu de base. Bref ils ont tout intérêt à ce qu’un revenu de base vienne, à côté d’un CPA étendu aux indépendants, étayer l’autoentrepreneriat. »

 

Pour Bernard Friot l’alternative c’est « le salaire à vie, qui est inséparable de la propriété d’usage de tous les outils de travail par les travailleurs et donc la maîtrise par eux de l’investissement. »

 

Il affirme que « nous pouvons tous produire sans emploi et sans capital. Selon lui, « ce n’est pas seulement 45% du salaire qui doit aller aux caisses de Sécurité sociale mais 100%. » Le reste de la valeur ajoutée pourrait se partager entre l’autofinancement d’outils de travail autogérés et « cotisation économique allant à des caisses, elles aussi gérées par les travailleurs, chargées de subventionner le reste de l’investissement et d’assurer les dépenses de fonctionnement courantes des services publics. »

 

 

 

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Salaire à Vie

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