Discours de rentrée d'un enseignant

October 20, 2015

 

 

Chers collègues,

 

            Nous venons d’entendre le discours de rentrée de Monsieur le principal qui nous a présenté les orientations ministérielles auxquelles  nous sommes soumis. Je veux rappeler ici que nous sommes membres de la fonction publique dans le cadre du service public de l'Education Nationale. A ce titre, nous sommes bénéficiaires d’un salaire à vie fondé sur notre  qualification et non sur notre poste de travail. Ainsi, il y a ici des professeurs certifiés et des professeurs agrégés, peut-être encore quelques PEGC.

 

Nous faisons le même travail concret mais avec des qualifications différentes. Notre qualification ne renvoie pas à notre travail concret mais elle traduit la reconnaissance d’un grade. Ces qualifications sont attachées à notre personne et non à notre poste de  travail comme c’est le cas pour les salariés soumis à l’emploi et au marché du travail. Il y a dans cette salle des professeurs non membres de la fonction publique, des vacataires, des contractuels qui ont des statuts de droit privé. Ils sont eux employés, ils sont allés sur le marché du travail, ils étaient demandeurs d’emploi. L’employeur, l’état, les a embauchés et peut les débaucher à sa guise. Il nous faudra d’ailleurs, tous veiller à ce que ce ne soit pas le cas et qu’ils intègrent la fonction publique, soit pas concours soit, comme c’était la revendication il y a encore peu, par titularisation. Je voudrais préciser que nous, fonctionnaires,  n’avons pas d’employeur parce que nous n’occupons pas un emploi.  Notre statut de fonctionnaire nous fonde, a priori, comme producteur de richesse économique.  Nous percevons un salaire défini par un barème. Cette avancée est considérable car elle nous reconnait un statut de producteur de richesse de manière alternative à la production  qui donne lieu à la mise en valeur de capital. Ce salaire à vie et la rémunération à la qualification de la personne sont aujourd’hui dans la fonction publique d’état ce qui devrait être le cas de tous les salariés. Nous avons donc une responsabilité. Loin d’avoir honte de notre « sécurité de l’emploi » comme aiment à le dire les détracteurs de la fonction publique, tentant de faire accroire que nous avons un emploi,  nous devons avec fierté revendiquer ce bonheur et affirmer que ce devrait être le lot commun.  Nous ne sommes pas soumis à la propriété lucrative d’actionnaires. Nous pouvons donc considérer l'éducation nationale comme la propriété d'usage des enseignants et de ses usagers. Il conviendrait donc d’affirmer haut et fort avec les parents d’élèves qu’au titre de cette propriété d’usage de notre outil de travail ( ce collège, ses locaux, son matériel) nous pouvons, nous devons l’exercer pleinement et définir ensemble notre manière de l’exercer. Ceci bien-sûr dans le respect de l’institution et de nos missions.

 

            Je tiens à préciser que contrairement à une opinion courante distillée par la fable dominante que notre salaire ne constitue pas une dépense, dépense qui serait prise sur une valeur créée dans la sphère capitaliste des entreprises. Nous produisons une valeur d’usage, notre enseignement,  ET une valeur économique reconnue par notre salaire et comptabilisée dans le PIB de la France. A la différence des employés, nous produisons sans propriétaires lucratifs et sans actionnaires comme le font les soignants, les familles, les chômeurs, les retraités et les travailleurs indépendants.

 

            Chers collègues, je conçois que ces propos tranchent avec ce que nous entendons chaque année en début d’année scolaire. Mais il me semble important, à l’heure de la raréfaction de l’emploi, de la maltraitance induite par la gestion managériale, à l’heure où le travail humain n’est pas utilisé pour faire société mais pour faire du retour sur investissement quel qu’en soit le coût humain d’aborder ces questions qui, après tout, sont notre quotidien. Il est plus que temps de mettre des mots sur ce que nous vivons, la souffrance au travail du fait des conditions qui nous sont faites par les restrictions budgétaires  et le « new public management ».

 

            Nous allons nous prononcer sur la dotation horaire globale, c’est le combat syndical annuel qui concentre la politique du gouvernement. Mais il nous appartient aussi de nous appuyer sur l’existant, le statut de la fonction publique (donc, sa défense) et sa puissance subversive dont j’ai parlé plus haut, pour travailler à l’extension de ce mode alternatif de création de valeur.

 

 

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                            

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