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Les ravages de trente-cinq années de privatisations

Dans son livre Prédations, notre confrère Laurent Mauduit dresse le bilan de plus de trois décennies de privatisations en France et alerte sur ce mouvement de marchandisation généralisée. Nous publions des bonnes feuilles de l’ouvrage qui révèlent les secrets bien gardés de l’une de ces privatisations : celle, partielle, de GDF Suez.


«La propriété privée nous a rendus si stupides et bornés qu’un objet n’est nôtre que lorsque nous le possédons. » Laurent Mauduit, l’un des cofondateurs de Mediapart, a placé en exergue de son livre, Prédations. Histoire des privatisations des biens publics (La Découverte, 304 pages, 19 €), cette formule de Karl Marx, consignée dans le plus célèbre jeunesse, de ses écrits de Les Manuscrits de 1844. Il y a, indiscutablement, deux manières d’entendre le propos.


On peut d’abord relever la lucidité de Marx, qui souligne, par anticipation, l’évolution du capitalisme français des trois dernières décennies : il est devenu de plus en plus boulimique. Alors que le capitalisme des Trente Glorieuses s’était résigné à ce que des secteurs entiers de la vie publique échappe à son avidité, le capitalisme financiarisé, auquel la France s’est progressivement convertie, ne connaît plus de limites : il veut tout s’approprier.


Laurent Mauduit décrit minutieusement ce mouvement de marchandisation généralisée qui a bouleversé la France et a connu plusieurs moments d’accélération. La première grande vague de privatisations a commencé en 1986, touchant les plus grands groupes industriels et financiers d’alors, et modifiant profondément le fonctionnement du capitalisme français, mais aussi le modèle social issu de la Libération. Puis, au tournant des années 2000, certains services publics ont été dérégulés avant d’être cédés au privé. Du gaz à l’électricité, des autoroutes aux aéroports, de la Poste au transport ferroviaire, barrages hydroélectriques ou forêts : l’essai révèle les nombreux ravages de cette prédation.


Loin de s’essouffler, la menace concerne désormais des biens publics encore plus essentiels : hôpitaux, Sécurité sociale, enseignement supérieur, et même des administrations de l’État. Au fil des pages, l’auteur documente ce que dénonçaient de nombreux citoyens, dans les manifestations contre la réforme des retraites ou en défense de l’hôpital public, à l’hiver 2019-2020 : « Quand tout sera privé, nous serons privés de tout. »


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