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Confinement et déconfinement sont des rapports de force, des rapports de classe.

Mis à jour : mai 14

Nous sommes très proches des effets d’une grève générale. Le virus a stoppé l’économie pendant deux mois. Et nous sommes très proches de l’esprit d’une grève générale.


La pandémie s’est en effet inscrite dans la suite d’un long mouvement de luttes ininterrompues qui durent en France depuis février 2016, ce qui a eu des effets sur cette période de pandémie et la façon dont le gouvernement français mais d’autres aussi dans le monde dans des situations semblables, ont réagi.


La plupart des analyses oublient ou négligent ce facteur de lutte des classes. Le propos de cet article est de montrer comment la lutte des classes est au cœur de la situation actuelle, du confinement au déconfinement.

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Ne pas seulement rêver le monde d’après mais s’appuyer sur les tendances contestatrices réelles déjà actuelles pour amplifier le rapport de force.


Face à la pandémie, le monde du travail, dans la foulée de ses résistances précédentes, a refusé massivement de sacrifier sa vie pour les profits des capitalistes en multipliant des droits de retrait, grèves, débrayages et mises en maladie dans les secteurs non indispensables à la survie immédiate.


Par ailleurs, dans de nombreux secteurs où ils étaient amenés à continuer à travailler, dans la santé par exemple ou la distribution alimentaire, les salariés ont soit quasiment ré-organisé le travail par eux-mêmes en se passant des directions comme dans bien des hôpitaux ou ont su imposer par des débrayages ou droits de retrait des conditions de travail plus respectueuses de leur santé ou le paiement de primes liées à leur position de premières lignes.


Cette résistance a été immense et a amené le gouvernement à précipiter un confinement généralisé pour éviter le risque d’une marche du prolétariat vers un contrôle de fait de la production : qui produit quoi, pour qui et dans quelles conditions avec à partir de là, la prise de conscience générale de classe qui peut l’accompagner.

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La reprise en main de leur santé par les travailleurs et la population affirmait la volonté générale de reprendre en main leur vie… et par là le mode de production et ses objectifs.


La situation était plus que dangereuse pour l’ordre capitaliste.

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Sous cette pression ouvrière, le gouvernement était amené à décider de mettre en chômage partiel la majorité des salariés, c’est-à-dire d’accepter de payer à 80% près de 11 millions de salariés, 3 millions en chômage technique, près d’un million en arrêt maladie durant près de 2 mois et encore d’autres pour garde d’enfants.

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Mais il est unique dans l’histoire que le pouvoir capitaliste ait accepté de payer le cœur central du monde des travailleurs à une telle échelle, et ce n’est pas par philanthropie, ni même pour sauver l’économie. Il faut donc comprendre, d’abord et avant tout, les mille retournements incohérents du pouvoir, ses multiples mensonges entre ses discours généreux et ses mesures concrètes inexistantes, non pas comme de l’incompétence mais comme les gesticulations d’un pouvoir qui se démène dans tous les sens pour empêcher la prise de conscience affleurante dans le prolétariat que c’est lui qui a réussi à défendre les intérêts généraux de la population dans cette crise sanitaire.


L’enjeu central de la situation est cette prise de conscience vers laquelle les uns marchent et que les autres veulent empêcher.…

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On n’a jamais autant fait grève et jamais aussi bien travaillé


On n’a jamais autant fait « grève ».


Il n’y a pas eu d’interruption ou même d’atténuation de la lutte de classe durant le confinement. Bien au contraire. Il y a eu à l’origine et aux tous débuts du confinement une espèce de grève générale, ou plutôt de droit de retrait général.

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L’arrêt de l’économie par le refus de sacrifier sa vie aux profits des exploiteurs nous a lancé tout d’un coup dans une nouvelle forme de « grève ».


Non pas arrêter le travail, en faisant pression sur ceux du dessus, en attendant ce qui se passe, mais travailler comme nous l’entendons. C’est nous qui produisons, par notre travail concret, la valeur économique mais aussi la valeur du bien commun. Nous avons décidé un moment par nos « droits de retrait » massifs du contenu de cette valeur en décidant de la façon dont nous produisons, pour qui et pour quoi. L’auto-gouvernement qui se fait dans les ZAD, nous l’avons fait un moment dans toute l’économie. Il nous reste à le continuer.


On n’a jamais aussi bien travaillé


Ce vaste mouvement de refus de travailler s’accompagne pour ceux qui sont obligés de travailler, soignants et enseignants par exemple, d’une prise en main de l’organisation du travail par la base.


Les soignants en particulier nous donnent à voir dans des témoignages cette merveilleuse et vitale disposition à construire de nouvelles normes.

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La morale ouvrière l’a emporté sur celle des capitalistes.

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Tout l’enjeu de la situation est dans la prise de conscience par les travailleurs de l’ampleur et la signification de leurs luttes

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On croyait à la puissance de l’argent, on ne la croit plus, on ne veut plus l’entendre, on s’aperçoit qu’il n’y a que la puissance du travail.


Ce que les pauvres ne voulaient pas voir sur eux-mêmes en s’auto-calomniant même dans la traîne de la propagande incessante des exploiteurs qui s’acharnaient à rabaisser le travail et les travailleurs, les salir, les diminuer et leur imposer des productions inutiles comme des règles de travail inhumaines, le virus le rend visible.


Il rend visible la capacité à bien travailler des plus humbles et leurs qualités morales à travailler pour le bien commun…


Ceux qui étaient encore hier pensés et traités comme des « rien » deviennent tout, tandis que ceux qui étaient « tout » et tenaient le haut du pavé dans tous les domaines tendent à devenir des « rien », moralement et intellectuellement.

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De cette prise de conscience de notre pouvoir dans les faits peut naître une conscience politique de nos possibilités, une confiance dans les classes pauvres et le terreau de l’émergence d’un parti révolutionnaire au sens de partisans de cette perspective.


Mais ce que nous venons de prendre contre le capital, c’est bien sûr ce que veulent nous reprendre, ce que veulent effacer de nos consciences à partir du 11 mai, les imposteurs et exploiteurs en nous replongeant dans leurs règles absurdes de l’exploitation sans limites, barrières et protections tout en nous accusant et nous culpabilisant par nos soit-disants « relâchements ».

Différentes phases de la lutte et échéances à venir


Le confinement tel qu’il s’est fait est donc un compromis des dirigeants qui n’avaient aucune intention de faire face au virus et la volonté de la population derrière la classe ouvrière de ne pas se laisser faire, de ne pas prendre de risques pour des profiteurs.


Le confinement est un rapport de force, un équilibre entre forces sociales opposées. C’est pourquoi le déconfinement, comme rupture de cet équilibre, n’est que la continuation et la mise à l’épreuve de ce rapport de force, ou comment pour les capitalistes obliger les salariés à reprendre le travail soumis au risque de leur santé et comment pour les classes populaires ne pas perdre leur vie pour les profits des exploiteurs.


Dans ce mouvement contradictoire qui va du confinement au déconfinement, on pourrait voir ainsi une première phase où le gouvernement comme la plupart des autres dans le monde n’avait rien prévu de faire sinon ignorer ou minimiser l’épidémie, à l’instar de celui de Boris Johnson, le plus explicite sur le sujet.


Puis, il y a eu une seconde phase où, sous la pression populaire et en particulier des salariés qui se mettaient massivement en droit de retrait et refusaient de prendre des risques pour produire des marchandises non immédiatement indispensables, le gouvernement a prétendu se soucier de la santé de tous en lançant de manière totalement improvisée un confinement généralisé.


Cette phase s’est caractérisée par l’amateurisme le plus total des autorités et l’incohérence de leurs décisions révélant le caractère contraint pour eux de ces mesures de confinement. Dans le même moment, pour cacher ou limiter l’importance de l’impact de l’initiative citoyenne et ouvrière sur la politique gouvernementale, les autorités tentaient de donner au confinement un caractère policier, réglementaire, tatillon, absurde, histoire de rappeler qui commandait. Dans cette période, beaucoup des tentatives de remise au travail de secteurs professionnels ont échoué face aux résistances populaires.


Dans un troisième temps, une fois endigué le confinement dû à la protestation populaire par des mesures à caractère vaguement socialisant comme le chômage partiel, le gouvernement aidé par le patronat relativement silencieux jusque là, lançait une campagne sur l’économie à sauver et la remise au travail du prolétariat en l’accompagnant de mesures législatives déconstruisant un peu plus les protections du code du travail. Cette campagne débouchait sur la date du 11 mai, date annoncée comme le retour aux normes d’avant, voire pire avec par exemple des semaines possibles de 60 heures de travail, c’est-à-dire pour l’essentiel à la reprise du travail sous l’égide de l’exploitation capitaliste la pire pour faire payer ce moment où les salariés ont imposé leur manière de voir.


Mais dans un quatrième temps, le déconfinement annoncé à cette date du 11 déclenchait une nouvelle vague de résistance populaire, de refus de prendre des risques pour les profits patronaux qui se cristallisait principalement autour de la réouverture des écoles pour les plus petits. Cette réouverture de l’école était largement interprétée, et à juste titre, comme la transformation de l’éducation nationale en garderie, juste pour que les parents puissent aller se faire exploiter.

Il est conscient de sa fragilité, du danger pour lui et les capitalistes de leur perte de contrôle de la situation. Son principal atout reste que le camp des travailleurs, sans réel parti, ni expression large de ce qu’il fait, n’a pas la conscience aiguë de sa force comme le gouvernement celui de sa fragilité.

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Le nœud du rapport de force global où la classe ouvrière peut entraîner encore et à nouveau les classes moyennes et avancer d’un pas dans la conscience de sa force et, son rôle va donc se jouer autour de la question de l’école, autour de cette date et les suivantes qui lui sont liées.

Bref, le gouvernement veut remettre en cause l’équilibre des forces mais il n’est pas du tout sûr de gagner. Et s’il ne gagne pas, c’est la conscience qu’on peut se passer de lui et de son monde qui marquera encore des points avant de franchir d’autres marches vers son émancipation dans la période qui vient.


Pour lire l'article de Jacques Chastaing




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