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Ci-gît l'Etat, tué d'un tir de LBD - Olivier Tonneau

A chaque coup de matraque, à chaque tir de LBD, à chaque décision de justice inique exonérant un policier pour les violences commises et condamnant ceux qui s’y opposent, l’Etat dépérit, l’Etat meurt à petit feu, sinon s’embrase. De sorte qu’on ne peut plus parler d’Etat français que par un abus de langage. Au fait, qu’est-ce que l’Etat ?


A chaque coup de matraque, à chaque tir de LBD, à chaque décision de justice inique exonérant un policier pour les violences commises et condamnant ceux qui s’y opposent, l’Etat dépérit, l’Etat meurt à petit feu, sinon s’embrase. De sorte qu’on ne peut plus parler d’Etat français que par un abus de langage. Au fait, qu’est-ce que l’Etat ?


Avant l’Etat, il y a des luttes de pouvoir pour un territoire. Le mot Etat désignait jusqu’au XVIIIe siècle le territoire contrôlé par un pouvoir. Plus ce pouvoir contrôlait de territoire et plus ses états s’étendaient. Processus de conquête, donc. Charles Tilly a magistralement montré comment, en Europe, des pouvoirs rivaux ont lutté pour des territoires ; comment, pour lever les fonds et les armées dont ils avaient besoin, ils ont tyrannisé les habitants des territoires qu’ils occupaient ; comment ils justifiaient leur tyrannie au prétexte qu’ils les protégeaient de la menace des pouvoirs rivaux. Charles Tilly compare pertinemment cette « protection » à celle que promet la mafia qui prend bien soin de faire de petites concessions aux populations qu’elle exploite.


Les peuples étaient ainsi menacés de l’intérieur et de l’extérieur, et prenaient position pour le pouvoir dont la tyrannie leur semblait la moins violente. Aucun consentement au pouvoir donc, nullement perçu comme légitime, mais un calcul rationnel du moindre mal. Les pouvoirs, conscients de la nécessité de s’attacher les populations, prenaient garde de redistribuer un peu des richesses extorquées. Où l’on voit que la redistribution n’a jamais été le signe de la justice mais le minimum que le tyran croit devoir concéder pour ne pas voir ceux dont il dépend s’allier à d’autres contre lui.


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Pour compléter cette lecture, voilà ce qu'écrit avec pertinence Raoul Vaneigem : "L'Etat traite les protestations comme un mouvement d'humeur plébéienne, car il n'ignore pas les limites d'un mécontentement explosif. Sitôt terminée la "grande" manifestation, ou l'émeute traditionnellement réprimée, chacun rentrera chez soi, dissimulant mal sa morosité sous la jactance du devoir accompli. Frustré du changement espéré, le chambardement vire au charivari.


La rage tourne sur elle-même, creusant ce gouffre du désespoir où notre existence s'ensevelit depuis des siècles.


L'ordre a besoin du désordre pour régner. Qu'importe le drapeau arboré : xénophobie, misogynie, homophobie, nationalisme, religion, idéologie, vertu morale. Même les organisations dites révolutionnaires et les mouvements faisant profession de radicalisme démontrent par la violence de leurs conflits internes qu'ils n'échappent pas à cette stratégie du bouc émissaire, dont l'Etat possède toutes les clés...


Par ailleurs, hurler sa colère n'entrave en rien l'exploitation dominante. Même si la violence réussit de temps en temps à arracher des réformes, à obtenir l'abrogation d'une décision contestée, à éviter l'implantation d'une nuisance, cela ne va guère plus loin. 


Le pouvoir, un instant déstabilisé, se ressaisit, il noie le poisson et vide la baignoire."





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