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Boom de l’IA en France : 260 000 microtravailleurs à 21 € par mois en moyenne

Plus invisibles que les livreurs de Déliveroo, moins payés que les chauffeurs de VTC, les travailleurs du clic sont pourtant plus nombreux. Ce sont eux qui permettent notamment à l’intelligence artificielle (IA) d’être intelligente à défaut d’être artificielle. Avec le développement de cette dernière, de nombreuses plateformes proposent du travail à la tâche payé de quelques centimes à quelques euros.


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Liberté de choisir ses horaires, liberté de travailler de chez soi. À les écouter, les plateformes de microtravail libéreraient le travail. En réalité, elles libèrent surtout les entreprises technologiques de la contrainte d’établir des contrats de travail pour faire exécuter certaines de leurs activités et de payer des cotisations sociales. De leur côté, les plateformes se libèrent de la contrainte de verser des salaires. Foule Factory préfère le terme « récompense » pour nommer la rémunération de travailleurs appelés « fouleurs » plutôt que salariés. Argument massue de ces entreprises construites sur le modèle des start-up : il s’agit d’un complément de revenu et non d’un travail à part entière.


Ce n’est pas totalement faux si l’on considère le revenu moyen des microtravailleurs : 21 € par mois pour un temps de travail réduit. Mais dans son étude, le DiPLaB détaille la réalité des 260 000 personnes qui participent à cette économie du clic. Et là, sans surprise, c’est le besoin d’argent qui arrive en tête des raisons invoquées les poussant à rejoindre les plateformes : 44,93 % en première raison, 17,51 % en seconde raison et 23,68 % en troisième lieu, soit un total cumulé de 86 %. Pas tout à fait un loisir ou un tue l’ennui. De plus, pour 24 % des femmes et 20 % des hommes les revenus du microtravail sont utilisés dans le paiement du loyer ou de la nourriture. Autre donnée qui relativise considérablement la liberté des microtravailleurs : 27,9 % des 25-54 ans, et 61,4 % des 55-64 ans n’ont pas d’autres activités.


Enfin, 22 % d’entre eux vivent en dessous du seuil de pauvreté, contre 8 % dans la totalité de la population. Pour tous ceux-là, la chasse aux microtâches est essentielle, même mal payée. D’ailleurs, les plus actifs sur les plateformes sont aussi ceux qui effectuent les tâches les moins rémunératrices : celles répétitives, effectuées en masse pour quelques centimes. Une réalité pas vraiment émancipatrice, d’autant qu’une des caractéristiques de ce travail est un morcellement extrême du travail et une perte de son sens. La plupart des microtravailleurs ne savent rien de la finalité des tâches qu’ils exécutent, et ne connaissent pas l’entreprise pour laquelle ils les effectuent.


Enfin, même pour celles et ceux qui parviennent à travailler le plus et atteignent exceptionnellement un revenu approchant les 2000 € par mois, au prix de semaines de 50 ou 60 heures, il n’y a aucune protection sociale. Pas de droits au chômage, à la retraite ou à l’assurance maladie. Et ça pour les employeurs, c’est magique.


Pour lire l'article de Stéphane Ortega (Rapports de force)




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