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Annuler les dettes des agriculteurs est indispensable pour permettre un changement de modèle aliment

La dette a un terrible pouvoir de coercition et de soumission, de silence, de honte et de stress, au point de générer des suicides dans des proportions particulièrement importantes au sein des métiers agricoles.


La production alimentaire est prise dans les mêmes logiques que des pans toujours plus vastes de notre société : concurrence, productivité, endettement, épuisement, perte de sens. Dans l’agriculture, les effets en sont particulièrement tragiques, et colère et détresse de ceux et celles qui ont faim, et des agriculteurs et agricultrices dans des situations financières catastrophiques, ne font que s’étendre et s’intensifier.


La crise sanitaire entraîne une crise alimentaire


En ces temps de pandémie, le net ralentissement des circuits logistiques internationaux a montré à quelle point l’organisation de la production agricole mondiale est fragile. Cela dit, ce sont encore les populations les plus précarisées d’un côté, et les agriculteurs et agricultrices de l’autre, qui paient le prix de cette organisation complètement dysfonctionnelle. 

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Les gouvernements nous parlent de relocalisation de la production sans que les moyens ne soient mis en place pour y parvenir.

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La concentration des richesses


Depuis 2008,le creusement des inégalités s’est accéléré : on a sauvé le système financier par un endettement public massif.

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Les terres sont ainsi considérées par les investisseurs comme des « valeurs refuge » : on peut y mettre une partie de son capital à l’abri.

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La chaîne agro-alimentaire est dominée par des multinationales

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Ces entreprises sont dirigées par des individus dont le mandat est de contenter actionnaires et créanciers.

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Ainsi, les industriels de l’alimentation chercheront à minimiser le prix auxquels ils achètent les matières premières, en l’occurrence, le fruit du travail des agriculteurs.


Cela suppose aussi de maximiser les revenus : les semenciers chercheront à vendre un maximum de leurs produits sur des territoires toujours plus grands, utilisant un marketing intense, usant de leur influence pour empêcher des réglementations qui risqueraient d’augmenter leurs coûts de production même s’il en va de la santé des agriculteurs.

 

C’est la valeur de l’action et la satisfaction des actionnaires et créanciers qui est en jeu, car si on ne les contente pas, ils vendront leurs actions et la valeur de celle-ci baissera – et le bonus des dirigeants avec. Tout ce petit monde a donc intérêt à maintenir une pression constante, à la baisse sur les coûts, et à la hausse sur les revenus.

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L’emprisonnement du système-dette


Depuis ses débuts, le système agricole moderne et mécanisé, celui qui s’est déployé après-guerre, a reposé sur l’endettement : créer de la dette, pour faire tourner un nouveau système

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Ce système se moque des surproductions, il s’en nourrit : trop de lait, c’est un prix qui baisse et une marge plus élevée pour les multinationales du yaourt. Trop de céréales, c’est plus d’intrants vendus, plus de machines aussi. Trop, c’est plus de besoins d’investissements, plus de crédits, plus d’intérêts. Et puis il faut bien nourrir les pauvres !


Alors ils et elles deviendront la « poubelle de la surproduction agro-alimentaire ». Pendant ce temps, les entreprises agroalimentaires ont pris leurs bénéfices. Les actionnaires sont contents. L’enrichissement continue. Ce système les nourrit très bien, eux, ils n’ont donc aucun intérêt à le changer.


Nombreuses sont celles et ceux qui appellent à une transition du modèle de production agricole, mais peu évoquent sérieusement le sujet du poids de la dette.Pourtant, comment parler sincèrement de transition agricole sans se pencher sur ce qui tient le système actuel, sans parler des modalités d’annulation au moins partielle de cette dette ? Les agriculteurs et agricultrices ne peuvent pas porter une telle revendication seules, et pourtant elle doit être évoquée car elle constitue une condition nécessaire à la transition.

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Il y aurait destruction de capital, ce qui diminuerait la pression que ce capital exerce – et au passage nous pourrions socialiser les banques. Est-ce que cela ne vaudrait dès lors pas la peine de soutenir des agriculteurs et agricultrices qui s’organiseraient pour amorcer un changement de modèle, avec pour objectif la construction d’une autonomie alimentaire à l’échelle d’une région, d’un pays, grâce à l’annulation de dettes qui les maintient dans des pratiques qui ne bénéficient à presque personne ? La mise en œuvre d’une telle proposition n’a certes rien d’évident, mais cela ne semble plus exagéré de dire que c’est une question de survie.


Pour lire l'article sur La Relève et la Peste




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