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Autonomie financière: l’enjeu féministe de la retraite


La question de la retraite est un enjeu féministe crucial et souvent peu abordé. Elle met en effet en jeu non seulement la question des inégalités économiques de genre, mais aussi plus fondamentalement, la question de l'autonomie financière des femmes.

La question de la retraite est un enjeu féministe crucial et souvent peu abordé. Elle met en effet en jeu non seulement la question des inégalités économiques de genre, mais aussi plus fondamentalement, la question de l'autonomie financière des femmes. Le projet du gouvernement, en faisant de la retraite un strict reflet de la carrière, y compris dans ses périodes les plus précaires, en conditionnant les droits familiaux et en réduisant le niveau général des pensions, menace encore davantage une autonomie déjà insuffisante.

Le système des retraites actuel accroît les inégalités de genre déjà présentes dans la vie professionnelle, parce qu’il combine inégalités de salaire et inégalités de carrière. Le projet de réforme du gouvernement risque de ne faire qu’aggraver les choses. Les femmes sont déjà nombreuses à devoir compter sur le salaire, puis la pension de leur conjoint pour s’assurer un niveau de vie décent. Alors qu’elles ne gagnent déjà que 75 % du salaire des hommes en moyenne, leur pension de retraite ne représente qu'environ 60 % de celles des hommes. Les femmes sont aussi plus nombreuses à vivre sous le seuil de pauvreté[1]. L’écart genré se creuse avec l’âge : après 75 ans, le taux de pauvreté des femmes est de 3,4 % contre 2,2 % des hommes[2]. Le risque de dépendance financière s’accroît ainsi avec l’âge. Les chiffres sur les pensions de réversion sont également éloquents : ce sont les femmes qui en sont largement bénéficiaires (89 %) et elles représentent 96 % des bénéficiaires d’une pension de réversion ne percevant aucune pension propre.

La question de la retraite et des inégalités économiques dans le vieil âge est donc éminemment féministe. Le droit à vivre avec qui on le souhaite, le droit à choisir son mode de vie amoureux, le droit à la séparation, le droit à l’autonomie ne doivent pas être réservés aux femmes en âge de travailler ou percevant de hauts revenus. Depuis le début de l'année 2019 et à l'heure où nous écrivons, 140 femmes sont mortes sous les coups de leur (ex-)conjoint ou des suites de ceux-ci[3]. Parmi les femmes tuées depuis le début de l'année dont l’âge est connu, 36 avaient 60 ans ou plus, c'est-à-dire étaient à la retraite ou proches de l'être. Cela représente plus d'une femme victime de féminicide sur quatre. Or, la question de l’autonomie financière est centrale dans la lutte contre les violences domestiques. Quitter une relation abusive lorsque l'on ne sait pas si l'on pourra subvenir seule à ses besoins (et à ceux de ses enfants) est difficile, voire impossible : le rôle central du coût matériel de la séparation en cas de violences domestiques a été mis en lumière par de nombreuses recherches[4].

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#Retraites #Femmes #Inégalités

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