• Temps critiques

Sur le mouvement des Gilets jaunes


Un autre fil historique que celui des luttes de classes

1On pour­rait rai­son­na­ble­ment y voir des ana­lo­gies avec plu­sieurs événements his­to­ri­ques comme le soulèvement des Fédérés pen­dant la Révolu­tion française. Même si bien évidem­ment il n’y a jamais de vérita­ble répétition dans l’his­toire, force est de cons­ta­ter que des éléments com­muns caractérisent les gran­des révoltes popu­lai­res dont la lutte anti­fis­cale représente sûrement le point le plus basi­que1. Ainsi en fut-il du soulèvement insur­rec­tion­nel des Fédérés de l’été 1793 dans les Provinces du sud-est et de l’ouest de la France, qui s’oppo­sait au coup d’État des Jacobins, les­quels cher­chaient à impo­ser leur pou­voir des­po­ti­que sur l’État-nation bour­geois dans l’ensem­ble du ter­ri­toire. Il n’est pas irrai­sonné de faire une ana­lo­gie entre les Fédérés et les Gilets jaunes puis­que les uns comme les autres ne contes­tent pas les fon­de­ments républi­cains de l’État, mais deman­dent une reconnais­sance de leur citoyen­neté pro­vin­ciale et la fin de leur condi­tion de sous-citoyens. De la même façon, cer­tai­nes doléances des mani­fes­tants rap­pel­lent les fameux « Cahiers de doléances » des années 1788-89, ainsi que les oppo­si­tions actuel­les aux taxes rap­pel­lent les actions menées contre les fer­miers généraux à l’époque. Cette ana­lo­gie peut pren­dre consis­tance lorsqu’on sait que la puis­sance du capi­tal glo­ba­lisé et tota­lisé a conduit à un affai­blis­se­ment de la forme État-nation démo-républi­cain. Or c’est cette forme2 qui conte­nait le prin­cipe d’égalité de condi­tion célébré par Tocqueville dans son livre sur la démocra­tie en Amérique. Elle s’est pro­gres­si­ve­ment accom­plie dans les formes républi­cai­nes ou/et par­le­men­tai­res à tra­vers les poli­ti­ques réfor­mis­tes plus ou moins social-démocra­tes et la vic­toire contre l’alter­na­tive fas­ciste des années 1930-1940. Sortie plus forte de 1945, elle s’est développée dans les différentes formes d’État-pro­vi­dence de la période des Trente glo­rieu­ses jusqu’à même triom­pher du der­nier sur­saut des luttes prolétarien­nes des années 1960-70.

La perte de légitimité de l’État-nation

2À partir de la fin des années 1970, les restruc­tu­ra­tions indus­triel­les et le pro­ces­sus de glo­ba­li­sa­tion/ mon­dia­li­sa­tion s’enclen­chent alors, dans ce qui n’est pas pour nous une contre-révolu­tion (il n’y a pas vrai­ment eu révolu­tion), mais une révolu­tion du capi­tal. Elle s’initie puis prospère sur les limi­tes du der­nier cycle de lutte de clas­ses et épuise la dyna­mi­que his­to­ri­que de l’égalité portée par l’idéologie uni­ver­sa­liste de la première bour­geoi­sie sou­te­nue par la classe ouvrière au sein de l’État-nation. Désor­mais l’équité rem­place l’égalité, la lutte contre les dis­cri­mi­na­tions rem­place la lutte contre les inégalités.

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#Giletsjaunes #Luttedesclasses #démocratie

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