• Pierre-Yves Gomez, La Croix

« Le travail rémunéré ne représente qu’une partie de la production »


Les métamorphoses du travail. Semaine 1/3. La vraie vie des salariés. Professeur à l’EM Lyon, Pierre-Yves Gomez (1) s’est penché sur le travail gratuit, dont le périmètre, avec Internet, dépasse largement aujourd’hui celui du travail domestique ou du bénévolat.

La Croix  : Un travail est-il nécessairement rémunéré ?

Pierre-Yves Gomez : Toute activité peut être considérée comme un travail s’il s’agit d’une production dotée d’une finalité et opérée pour au moins un tiers. Dans ces conditions, le travail prend des formes multiples, dont les principales sont le travail professionnel rémunéré et le travail non professionnel gratuit. Prenons l’exemple du travail domestique, avec la préparation d’un repas familial : c’est une activité qui a une finalité, se nourrir, qui donne lieu à une production, le repas, et qui est réalisée pour autrui… C’est donc du travail. Pour les mêmes raisons, le travail associatif aussi. Le travail professionnel rémunéré, considéré comme LE travail par excellence, ne représente qu’une partie de la production d’un pays.

Une évaluation objective du travail gratuit est-elle possible ?

P-Y.G. : Les économistes sont tentés de tout ramener à la sphère monétaire et donc de considérer que même le travail accompli dans la sphère non professionnelle est du travail salarié par défaut. Pour évaluer le repas familial, ils considéreront donc que sa valeur équivaut soit au prix payé au restaurant pour un tel repas, soit au salaire reçu par un cuisinier. Avec l’essor du capitalisme industriel, à partir du XVIIIe siècle, et la généralisation de l’économie de marché, les économistes ne savent plus évaluer les relations non monétaires. Il est ainsi courant de considérer qu’une mère de famille doit être rémunérée car, en gardant les enfants, elle exerce une activité par ailleurs salariée. Une telle analyse rate l’essentiel: la relation d’éducation unique qui se joue là, hors du marché.

La rémunération monétaire ne constitue-t-elle pas la reconnaissance la plus indiscutable?

P-Y. G.: Sans doute, quand la culture devient très marchande. Comme seul ce qui est « marchandisé » est reconnu, ceux qui ne sont pas payés ne se sentent pas reconnus. C’est très vrai pour une personne exerçant une activité domestique importante. Elle disparaît même dans les limbes des statistiques et de la vie sociale. Si la même personne occupait un emploi d’éducateur par exemple, elle se sentirait valorisée car elle se situerait sur le marché, avec une évaluation monétaire de son travail.

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#Travail #Economie #Salaireàvie

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