• Bertrand Bony

A propos de la monnaie


Mon point de vue (ou mon parti pris si on veut) est qu'en matière de monnaie, il faut toujours raisonner comme s'il s'agissait de billets ou de pièces. Le fait que la monnaie soit dématérialisée ne change rien à sa "nature". Le fait de raisonner ainsi me semble utile pour distinguer ce qui est de la monnaie de ce qui n'en est pas, quand on crée de la monnaie et quand on en détruit etc. Par exemple lorsque, suite à l'annonce du référendum en Angleterre sur la sortie de l'union européenne, nos inénarrables commentateurs boursiers ont immédiatement dit que X milliards étaient partis en fumée du fait de la baisse des cours, combien de tonnes d'équivalents billets ont-elles disparu ? Réponse : zéro, car ce n'est pas de la monnaie qui a disparu mais une illusion, celle qui nous fait croire qu'une valorisation boursière représenterait de la richesse (ou en d'autres termes que les titres financiers seraient de la monnaie, croyance accentuée par le fait qu'on comptabilise ces titres dans l'agrégat M3 de masse monétaire, certes plutôt sous l'appellation de quasi monnaie) !

Donc si nous appliquons cette méthode :

  • la monnaie est-elle forcément de la dette ? En d'autres termes quand je détiens un billet de 50 € où est la dette ? Nulle part bien sûr, sauf si ces 50 euros m'ont été prêtés par une banque privée qui va bien sûr me réclamer que je les rembourse ! Ce qui fait qu'aujourd'hui l'essentiel de la monnaie en circulation est perçu comme de la dette, c'est que cette monnaie a été produite par une banque privée sous forme de crédit à intérêts et qu'elle nous enjoint de la rembourser. Mais si nous avions une monnaie "bien commun" émise par une banque centrale seule habilitée à battre monnaie, alors il n'y aurait aucune dette (certains vous diront "si, si, mais c'est une dette sur l'économie !" Quand on tient à dire qu'il y a dette on y arrive, mais qui a déjà rencontré "l'économie" et a fortiori lui a remboursé une dette ?!) ! Il n'y a aucune loi naturelle qui dit que la monnaie, c'est une dette (c'est à dire forcément le résultat d'un crédit) ! Ça c'est le discours dominant, relayé, par ailleurs allègrement, par la quasi totalité des économistes (même hétérodoxes) à qui c'est enseigné comme étant la seule possibilité ! La proposition de réseau salariat remet en cause cette doxa en disant qu'il est possible d'avoir une monnaie "bien commun" qui ne soit donc pas une monnaie privée (car telle est bien la nature de la monnaie actuelle, même si la puissance publique lui donne cours légal).

  • comment détruire la monnaie si on ne rembourse pas ? Eh bien en retirant des "équivalents billets" de la circulation ! Lorsqu'une caisse collecte de la cotisation, elle "ramasse" des billets, mais comme cette monnaie est dématérialisée, cela ne se traduit que par un montant inscrit sur son compte à la banque centrale. Ce compte dit : "je t'ai mis à disposition X milliards d'euros". La banque centrale "sait" donc combien il y a d'euros en circulation (ce qui n'est pas vraiment le cas aujourd'hui, la masse M1 fait l'objet d'une estimation). Si celle-ci considère qu'il y a trop de monnaie en circulation elle peut dire aux caisses, " je vais vous diminuer votre compte de x%". "Si vous aviez collecté 100, vous ne pourrez plus redistribuer que 100-x" (que ce soit sous forme de salaire, ce qui se répercutera sur les salaires versés à tout un chacun qui baisseront de x%, ou sur le montant des financements que les caisses pourront octroyer). Inversement bien sûr, s'il s'agit d'accompagner une croissance, la banque centrale pourra dire "vous pouvez distribuer x% de plus que ce que vous avez collecté parce que je vais augmenter votre compte de x%", ce qui revient à distribuer des équivalents billets tous neufs aux caisses.

  • mais s'il n'y a plus de crédit comment va-t-on importer ? Eh bien "comme aujourd'hui", en achetant des biens et services à l'étranger ! Tout détenteur de monnaie peut en faire l'usage qu'il veut. Évidemment, comme aujourd'hui, si les importations ne sont pas compensées par des exportations il va y avoir un problème d'équilibre de la balance des paiements. L'achat d'importations ne peut pas se financer durablement par création monétaire (fut-elle faite aujourd'hui par crédit bancaire) il doit être compensé par des recettes en devises obtenues par exportation.

  • les avances remboursables sont-elles du crédit ? Non ! Une caisse dispose de monnaie ("équivalents billets"), soit qu'elle a obtenue par collecte de cotisation soit par collecte d'épargne. Elle les remet en circulation (cette fois avec obligation de rembourser, avec un taux qui n'est qu'une convention d'actualisation, pas un intérêt lucratif). Si la demande de monnaie excède ses disponibilités elle peut demander à la banque centrale de lui augmenter son compte (c'est à dire créer de la monnaie supplémentaire). Et quand je vais rembourser, cela va-t-il détruire de la monnaie ? NON, le seul mécanisme de destruction est celui évoqué plus qui consiste à retirer des "équivalents billets" de la circulation.

  • y-a-t-il une "volonté" de baisser les salaires ? Non, c'est simplement une possibilité, dans le cas d'une "décroissance" volontaire ou d'un élargissement de la gratuité. Et cette possibilité peut-être assumée politiquement parce que non suspecte de se faire au détriment de la majorité et au bénéfice d'une oligarchie comme aujourd'hui où le salaire de Carlos Ghosn c'est évidemment autant d'euros qui n'auront pas été distribués aux salariés de Nissan et Renault !

Bertrand Bony, mai 2016


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