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La fixation des prix


Bonjour,

La proposition de réseau salariat me semble intéressante mais il y a un point qui me laisse perplexe : dans un système dans lequel chacun reçoit un salaire inconditionnel, comment les prix se fixent-ils ?

Je prends mon exemple : développeur informatique freelance, mon chiffre d'affaires correspond à mon bénéfice (je n'ai pas de dépenses liées à mon activité). Si je reçois un salaire inconditionnel, je ne vois aucune raison de facturer mes prestations. D'autant plus que, si j'ai bien compris, l'argent issu de ces prestations serait de toute façon socialisé, mis dans un "pot commun" : je n'ai alors pas d'intérêt égoïste à vouloir facturer mes services. Et cet exemple peut se généraliser pour toutes les activités : le boulanger ne sait pas comment fixer le prix de ses baguettes, car le meunier ne sait pas comment fixer le prix de la farine, car le paysan ne sait pas comment fixer le prix du blé qu'il vend. Oui mais, si tout le monde fixe les prix à 0€, l'argent dans le "pot commun" tombe à 0€ également, et les salaires inconditionnels font de même... bref l'argent est aboli. Je ne vois pas comment éviter de tomber dans cet écueil ? Enfin personnellement ça ne me pose pas tellement de problème de conscience, étant plutôt séduit par ce genre de perspectives dans laquelle, au final, les rapports marchands disparaîssent et où c'est la concertation collective qui prime et qui guide les choix dans la production et la distribution − du style : "de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins". Mais je n'ai pas l'impression que ça soit le projet de réseau salariat, donc à vrai dire il semble plutôt que j'ai loupé une étape dans le raisonnement :-).

Merci pour le temps et l'attention que vous pourrez m'accorder, et, plus généralement, pour le projet intéressant que propose réseau salariat. -

Gnx

(PS : j'ai tout d'abord essayé de poster ce message sur le site national mais je n'ai pas l'impression que l'envoi du formulaire ai fonctionné)

Bonjour,

le problème que vous soulevez est un des problèmes majeurs que nos propositions font surgir. Je ne vais donc pas vous donner la solution parce que nous ne l'avons pas trouvée ! Par contre je vais essayer d'évoquer quelques pistes de réflexion sur ce sujet (qui correspondent à ma propre manière de voir les choses et peuvent bien sûr ne pas être partagées au sein de Réseau Salariat). Toute contribution à ce débat est donc la bienvenue.

Tout d'abord, dans nos propositions de partage de la valeur ajoutée, l'entreprise ne verserait pas tout au "pot commun" de la cotisation mais conserverait environ 15% de sa valeur ajoutée comme auto financement. Cela est un élément d'incitation à vendre à un prix non nul, puisque cela permet à l'entreprise de "faire ce qu'elle veut" avec une part significative de sa valeur ajoutée qu'elle va pouvoir utiliser pour investir comme elle l'entend. Par ailleurs, votre cas personnel et les exemples que vous prenez sont très intéressants parce qu'emblématiques de deux situations radicalement différentes. Le boulanger produit des biens dits "rivaux" (c'est à dire dont la consommation par l'un interdit la consommation par l'autre) alors que vous produisez des biens non rivaux (c'est à dire dont la consommation par plusieurs personnes est possible). Il n'est donc pas surprenant que vous imaginiez facilement rendre vos productions gratuites, puisque "l'utilité" de celles-ci augmente avec le nombre de consommateurs ou d'usagers et qu'il est donc facile de laisser le libre accès à ce bien ou ce service (c'est d'ailleurs déjà le cas avec les licences creative commons, les logiciels libres etc. par exemple, qu'il faut bien sûr encourager et développer). Dans le cas du boulanger, la consommation d'une baguette par quelqu'un interdit qu'elle soit consommée par quelqu'un d'autre. Par conséquent la gratuité nécessite de mettre en place une règle d'appropriation du bien ou du service. La question est : quelle sera cette règle ? La loi du plus fort ?, premier arrivé premier servi ?, les femmes et les enfants d'abord ?, les plus qualifiés d'abord ? etc. etc. ou "à chacun selon ses besoins", mais c'est quoi le besoin ?, qui le décide ?, qui le quantifie ? On voit dans le cas des biens ou services rivaux qu'il y a un avantage à avoir une économie monétaire : on distribue (selon des critères à définir et qui peuvent faire l'objet de conflits, par exemple le même salaire pour tous ou une échelle de salaire ?) une certaine dotation monétaire à chacun qui lui donne un droit de tirage sur les biens et services vendus. Ensuite chacun opère comme il l'entend les arbitrages sur la manière d'utiliser cette dotation : acheter du pain ou préférer du lait etc. Évidemment il faut que la distribution des dotations respecte des règles, par exemple leur plafonnement, comme le propose Réseau Salariat (une échelle de qualification et donc de salaire allant de 1 à 4) qui empêche qu'une toute petite fraction de la population non seulement puisse s'accaparer l'essentiel de la production mais demande (et obtienne !) une production de biens ou services inaccessibles à l'immense majorité de la population (des yachts de 60m de long, des rivières de diamants etc.) produits par des gens qui de ce fait se transforment en domestiques au service exclusifs de ces dominants.

En ce qui me concerne, d'une part je pense que la qualification personnelle peut permettre de décider du niveau de salaire, et se situe donc du côté de la répartition de la valeur, mais ne peut pas être un élément de "mesure" de la valeur côté production. Je pense par contre qu'il est vraisemblable que le "temps de travail" restera une dimension (parmi d'autres, par exemple il serait possible de prendre en compte des critères environnementaux ou autres) de la formation des prix, on voudra "naturellement" vendre plus cher un bien ou un service qui nécessite plus d'effort humain. Sans pour autant que ce critère soit décisif en termes d'organisation du travail dans la mesure ou toute accumulation est inutile et impossible et ou la baisse de l'effectif ne change pas le "coût" du travail pour l'entreprise puisqu'elle continuera à cotiser au même taux.

Espérant avoir pu apporter quelques éclaircissements et pistes de réflexion

Bien amicalement

Bertrand


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